Dans leur dernier ouvrage, Le prix de nos valeurs, sorti en janvier 2022, les économistes David Thesmar et Augustin Landier se proposent d’évaluer la façon dont les gens arbitrent entre leur intérêt personnel et les valeurs qui les motivent. Le patriotisme économique, qui garantit la cohésion de la société avec la préservation de l’emploi, est une des questions qu’ils auscultent. Mais choisir une société sur un critère local, non seulement fausse la concurrence, garant de l’efficacité économique, mais peut aussi entamer le budget des consommateurs. Pour évaluer le prix que les gens sont prêts à payer pour préserver l’emploi, les deux économistes ont soumis par sondage une population à une situation et son arbitrage.
La situation est la suivante : pour soutenir un constructeur local et préserver 1 000 emplois, les autorités imposent à la société de transport d’acheter des tramways d’un coût supérieur qui augmente le prix de l’abonnement. Plusieurs groupes sont testés et soumis à une hausse différente du prix des transports en commun de 5%, 10% ou 50%, puis les personnes sont invitées à noter de 1 à 10 le projet et ses conséquences, en fonction de leur désaccord profond ou, à l’inverse, de leur accord total. Le résultat laisse peu de place à l’ambiguïté. La moyenne des notes est de 7,4 pour le groupe soumis à une hausse de 5%, de 6,6 pour ceux soumis à une hausse de 10% et encore au-dessus de la moyenne à 6,1, si l’abonnement s’envole de 50%.
Consentement à l'achat au-dessus de la moyenne
Certes, le consentement à l’achat national baisse en fonction de l’augmentation du coût du transport, mais il reste au-dessus de la moyenne. Autre enseignement intéressant de l’étude, on ne constate pas d’écart en fonction de l’appartenance politique de gauche ou de droite des personnes. Les résultats des Français se différencient assez peu des panels de témoins américains et allemands également testés sur le sujet. Enfin, les personnes testées ont été exposées à différent type d’entreprise « locale », dans un cas une entreprise et ses emplois français, dans l’autre cas, une entreprise et ses emplois européens. L’écart entre le constructeur de tramway français et l’européen est très faible (note d’accord de 6,8 dans le premier cas, et de 6,6 dans le second).
Pour les Américains, la notion de local était différenciée entre une entreprise du même Etat que le répondant et une entreprise fédérale. Avec des résultats très proches outre-Atlantique. Ce qui fait dire aux auteurs que « l’Europe industrielle existe dans les cœurs, et à une place similaire à celle de l’Amérique industrielle dans ceux des Américains ». Une attitude qui permet sans doute de comprendre l’évolution de l’Union européenne et des Etats vers une politique industrielle plus intégrée au niveau du continent.



