Le débat de société sur le «wokisme » a gagné le monde des affaires. Ce mouvement idéologique né aux Etats-Unis, qui développe une conscience extrême aux injustices subies par des minorités ethniques, sexuelles, sociales et à toutes formes de discriminations, fustige le racisme systémique, le patriarcat ou l’aveuglement sur la cause écologique. Il ne reste désormais plus à la porte des entreprises. Elles sont impliquées, à leur détriment en cas de manquement, avec des effets sur leur réputation ou éventuellement à leur bénéfice car certaines surfent sur ce courant via des stratégies publicitaires.
En début d’année, Larry Fink le patron de BlackRock dont la société gère 10 000 milliards de dollars d’investissement a mis les pieds dans le plat en affirmant dans sa traditionnelle lettre annuelle aux dirigeants que «le capitalisme n’est pas woke».
Il y écrit que le « capitalisme des parties-prenantes » ne fait pas de politique. « Il n’a pas de programme social ou idéologique. C’est un capitalisme fondé sur des relations mutuelles bénéfiques entre vous [les CEO] et les employés, les fournisseurs, les communautés sur lesquelles votre entreprise s’appuie pour prospérer.» Il constate que des activistes politiques, des médias peuvent « politiser l’action des entreprises et prendre en otage les marques pour faire avancer leur propre agenda ». Il invite les dirigeants à ne pas réagir à « la question du jour » estimant que « les parties prenantes, sur lesquelles l’entreprise s’appuie pour délivrer un bénéfice aux actionnaires, ont essentiellement besoin de connaître la position du CEO sur les questions sociétales intrinsèques au succès à long terme de nos entreprises. »
Les guerres culturelles, risque pour les entreprises en 2022

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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
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Trim 3 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 0.87253+0.16
2 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
Larry Fink n’est pas le seul à avoir identifié le champ de mines. L’américain Ian Bremmer, influent fondateur d’un cabinet de conseil en géopolitique et professeur à Columbia identifie parmi les 10 risques qui guettent les entreprises en 2022 en numéro 9, les guerres culturelles. « Les consommateurs et les employés, renforcés par la cancel culture et la puissance des réseaux sociaux émettront de nouvelles exigences envers les multinationales.» Professeur de stratégie à l’EM Lyon, Philippe Silberzahn, illustre ce mouvement par le licenciement en 2021 par Apple, un mois après son embauche, d’Antonio Garcia Martinez, auteur d’un livre très cash sur les dessous de la Silicon Valley, « Chaos Monkey ». Certains des propos de son livre paru cinq ans plus tôt étaient jugés par une pétition de salariés d’Apple comme misogynes ou racistes. Ils faisaient valoir qu’avec ces propos ce haut cadre était susceptible de créer un environnement de travail « unsafe ».
Si Larry Fink prône de s’écarter des idéologies, il reconnaît que les compagnies qui ne s’ajustent pas à la nouvelle réalité le font à leur propre péril. Il prône contre les attaques des activistes la prise en charge des préoccupations sociétales des employés, meilleurs remparts pour défendre l’entreprise. Mais l’activisme n’est pas à la porte. Pour Philippe Silberzahn une génération de jeunes employés-militants woke est déjà là, bien qu’encore minoritaire. Il conseille de ne pas acheter la paix sociale en cédant à toutes leurs exigences mais de « reconnaître et traiter les problèmes qui surviennent » et de refuser de se laisser imposer les termes du débat comme le fait qu’une entreprise où un problème de harcèlement survient n’est pas « de facto une entreprise où le harcèlement est systémique ». Il propose ensuite de s’appuyer sur l’énergie de militants sincèrement indignés à juste titre pour les orienter vers une action constructive.



