Dans les bars ou chez les cavistes, la bouteille en verre de la vodka Le Philtre ne passe pas inaperçue. Cet objet de 70 centilitres, aux formes biscornues - loin des bouteilles droites classiques - se distingue également par sa teinte, changeant d’un flacon à l’autre. Loin de l’uniformité traditionnelle de chaque référence. Pour cette marque de spiritueux qui s’est lancée au printemps 2020, ce qui s'apparentea priori à un handicap est devenu une force. «Les gens achètent la bouteille parce qu’elle est belle», se félicite Camille Sebbag-Barjon, directrice générale de cette TPE de cinq personnes créée par Guillaume Rappeneau, ancien documentariste et responsable marketing, l'entrepreneur Charles Beigbeder et son frère, Frédéric, davantage connu dans le monde de la nuit.
Si le design de la bouteille a rapidement été arrêté - il a été confié à une agence espagnole qui ne disposait pas d’expérience en la matière, dans l’espoir de casser les codes du secteur - les conditions de sa fabrication ont pris plus de temps à être définies. «Au départ, l’idée était d’avoir une bouteille en verre 100% recyclé. Les verriers français n’arrivaient pas à ce taux, avec environ 80% de verre recyclé», se remémore Camille Sebbag-Barjon. Le «made in France» espéré au départ a donc dû être remisé au placard. Direction l’Italie, chez Vetri Speciali, un verrier spécialisé dans les récipients spéciaux pour aliments. L’usine de Pergine Valsugana, l’un des quatre sites industriels de la société, est la seule unité au monde pouvant fondre le verre en 11 coloris.
Une fenêtre de tir limitée
Une large palette colorimétrique qui induit plusieurs contraintes de production. L’usine travaille avec un industriel du vin, pour des bouteilles vertes, et un industriel de l’eau minérale, pour les bouteilles bleues. Pour passer du bleu au vert sur la ligne, durant cinq jours, un process de décolorisation doit être engagé. «Ce verre en fusion n’était pas utilisé. Nos moules sont placés à ce moment, où les couleurs sont variables», explique la dirigeante de l'entreprise. Vert, saphir ou turquoise sont autant de teintes qui peuvent se retrouver sur les bouteilles de vodka. Un moule spécifique a été créé.
Ce modèle a ses limites : «Nous sommes totalement dépendants des commandes des autres clients de l’usine», indique la cheffe d’entreprise. La transition entre les deux productions vertes et bleues ne s’effectue qu’une fois par an, en février. Des discussions ont été engagées par l’équipe du Philtre pour monter à une capacité maximale de production, et savoir si d’autres transitions de couleurs seraient possibles dans le groupe. Un premier batch a été lancé en février 2020, avec 60 000 bouteilles produites au cours des cinq jours de bascule, sur l’une des lignes de production, avant une deuxième série en février 2021. «Avec la hausse du prix du verre, nous sommes extrêmement contents d’avoir du stock», observe Camille Sebbag-Barjon, qui prévoit néanmoins une troisième commande en février 2023.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Remplissage chez les cavistes, en attendant la consigne
La bouteille est italienne, mais son contenu est français. La vodka est produite à Salles d’Angles et à Merpins (Charente) par Maison Villevert, une PME spécialisée dans la réalisation de recettes de spiritueux, leur production et leur distribution, que ce soit pour son propre compte (gin G’Vine, vodka Cîroc avec Diageo…) Du blé bio compose la base du Philtre. Une brique environnementale complétée par des développements plus récents liés au packaging. «Les spiritueux sont souvent considérés comme la dernière roue du carrosse sur l’environnement», regrette Camille Sebbag-Barjon. En France, 45% des déchets ménagers sont en verre.
Depuis le début de l’année 2021, un bag-in-box de 5 litres, qui équivaut à 7,2 bouteilles, a été lancé auprès des bars. Plus original, les particuliers sont aussi visés à travers une offre de remplissage de leur bouteille en verre testée chez certains cavistes. Une cuve en Inox de 5 ou 10 litres, disposée en boutique et chargée d'un bag-in-box, permet aux consommateurs de remplir de nouveau leur bouteille pour 34 euros, contre 49 euros pour une bouteille neuve. «Il faut cinq recharges d’une bouteille pour aboutir aux émissions CO2 d’une bouteille classique», souligne Camille Sebbag-Barjon.
Prochaine étape pour Le Philtre: la consigne, en partenariat avec l’équipe de production de Maison Villevert et sa filiale de distribution. Des tests ont été effectués quant à l’intégration de bouteilles de réemploi sur les lignes de production. «La contrainte du lavage de bouteilles est que celles-ci doivent pouvoir passer dans les machines», précise la dirigeante. Des tests ont été menés avec Uzaje, une start-up spécialiste du lavage de contenants réemployables. L’encre de la contre-étiquette a été changée. Sur les bouchons, des numéros de lots ont été ajoutés pour assurer la traçabilité des bouteilles. Si la consigne est lancée, il faudra que les autres marques de Maison Villevert suivent. Pour l’heure, en 2023, le coût de production de la bouteille devrait progresser de 10%. «On doit gérer l’entreprise dans l’incertitude. On ne peut pas non plus imposer de trop fortes hausses de prix», explique Camille Sebbag-Barjon.



