Coup de chaud pour les producteurs de cognac. Ils ont jusqu’au 31 mars pour procéder aux opérations de distillation, conformément au cahier des charges de l’appellation. « Il y a un risque que les eaux-de-vie soient moins qualitatives, de peur que les produits ne se dégradent face à l’élévation des températures », précise François-Gaël Lataste, le directeur du pôle Economie et territoire au Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), qui regroupe les professionnels du secteur. Or, la forte hausse des prix du gaz s’invite durant cette période.
Les vins transitent une première fois par les alambics, avant que le brouillis (résultat de ce premier passage) soit de nouveau distillé. Les cœurs de chauffe sont mis sous bois durant au moins deux ans (les premiers litres d’alcool, à des titres très élevés, sont réutilisés dans les premières chauffes, tout comme les queues de distillation). « Le plus énergivore dans le process, c’est la chauffe, soit 600 kW de gaz pour produire un hectolitre d’alcool pur », explique François-Gaël Lataste. Le cahier des charges impose de distiller à flamme nue, au gaz ou au bois (ce qui représente moins de 1% des usages). Sur les 1 300 distillateurs, environ 300 fonctionnent au gaz naturel, estime le BNIC. 53% des volumes de cognac sont distillés à partir de gaz naturel. Une partie des bouilleurs fonctionne avec du gaz propane.
Des marges grignotées
« Le gaz représente environ 25% de nos prix de revient. Si le prix du gaz est multiplié par deux, notre excédent brut d’exploitation devient négatif. Le poids du gaz sur la structure de prix est à peu près égal à la marge que l’on dégage, selon les distilleries. Les aides accordées par l’Etat ne sont pas adaptées à notre activité, puisqu’elles se basent sur des consommations de mai à septembre », indique Eric Pinard, le président du Syndicat des bouilleurs de profession de Cognac.
L’appellation distingue le cas des bouilleurs de cru, qui ne peuvent distiller que leur production, de celui des bouilleurs de profession, qui distillent à façon. Il y a environ 120 bouilleurs de profession, qui représentent le gros des volumes. Sur les 4200 viticulteurs, 1 175 distillent eux-mêmes leur production. La filière possède un parc de près de 2 900 alambics, dont la moitié chez les bouilleurs de cru.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
« Le mégawattheure valait 25 euros environ en août-septembre 2021. Il s’est envolé jusqu’à 200 euros, avec une très forte volatilité. Aujourd’hui, nous sommes entre 60 et 70 euros », constate Eric Pinard. Des montagnes russes qui surviennent parallèlement à une récolte jugée satisfaisante par les représentants de la filière. « Nous allons relever nos prix de manière très importante lorsque cela sera nécessaire. » En 2020, pour réussir à distiller tous les volumes dans le cadre d’une récolte abondante, le syndicat des bouilleurs de profession avait mis en place une plateforme d’échange de capacités sur les alambics. Une démarche similaire pourrait être mise en place cette année. Dans le secteur, le stade de délestage n’est pas non plus à exclure. « Cela n’affecterait que les entreprises de plus de 5 GW, donc 16 entreprises, mais celles qui distillent les plus gros volumes », observe François-Gaël Lataste.
Des pistes d’améliorations techniques
« La crise des énergies doit être considérée comme une opportunité d’accélérer notre transition », souligne Eric Pinard. A l’échelle de l’interprofession, plusieurs leviers sont identifiés, notamment sur l’équipement des distilleries avec des technologies de brûleurs à air pulsé (qui utilisent moins de gaz), l’isolation des chaudières et la mise en place d’échangeurs thermiques plus performants (échangeurs tubulaires) pour préchauffer les vins. « Les vapeurs d’alcool passent à travers un tuyau pour préchauffer le vin avant la distillation, ce qui nous permet de gagner plusieurs degrés », décrit François-Gaël Lataste, qui estime entre 10 et 15% le gain d’énergie permis par ces dispositifs.
Pour l’heure, le BNIC doit s’atteler à un recensement des outils du parc d’alambics, afin d’apporter un appui éventuel pour la modernisation des équipements. Autre travail en cours, la recherche de nouveaux modes de chauffe sans flamme nue, ce qui induirait une modification du cahier des charges de l’appellation. « Nous réfléchissons à une procédure accélérée pour modifier le cahier des charges, ce qui prend habituellement plusieurs années, même si ces solutions sont envisageables à moyen ou long terme », ajoute François-Gaël Lataste. Autre alternative envisagée, celui d’une flamme nue, mais avec de l’injection d’hydrogène.



