Un industriel qui se méfie du greenwashing. Désireuse d’améliorer son empreinte environnementale et poussée par la demande de ses clients, la maison de cognac Bache-Gabrielsen lance ce mois-ci un nouveau cognac bio, conditionné dans une bouteille dont elle a, pour chacun de ses composants, recherché les solutions les mieux éco-conçues, adaptées à ses lignes de production et viables économiquement. « Nous avons recherché chaque matériau le plus avancé en matière d’éco-conception. Nous avons été confrontés à des discours allant dans ce sens, mais cela ne reflétait pas forcément la réalité ou cela n’était pas très abouti. Par ailleurs, importer des emballages de l’autre bout du monde n’a pas de sens », indique Laura Gabilan, chef de projet packaging.
Bache-Gabrielsen 5, disponible chez les cavistes et en cafés-hôtels-restaurants, vise à symboliser l’héritage qui sera transmis à la cinquième génération de la famille de dirigeants. Aujourd’hui, l’entreprise de Cognac (Charente) est dirigée par Hervé Bache-Gabrielsen, représentant de la quatrième génération. Cette maison de négoce, qui possède des chais de vieillissement et d’assemblage à Louzac-Saint-André (Charente), a été créée en 1905 par le norvégien Thomas Bache-Gabrielsen. 95% de la production est exportée, un chiffre qui était encore plus important jusqu’en 2018, date à partir de laquelle un distributeur a été missionné pour développer les ventes sur le marché français. Plus de la moitié de son chiffre d’affaires est encore réalisée en Norvège.
Verre et papier recyclés
Un pays où l’industrie des spiritueux est « plus avancée » en matière de préoccupations environnementales, avec des partenaires commerciaux exprimant fortement leurs attentes. Dix-huit mois de travail ont été nécessaires pour décomposer la chaîne de production de chaque élément, à commencer par le flacon. Il est fabriqué à partir de verre ménager recyclé à 96 %, le "Wide glass" développé par l’entreprise espagnole Estal. Bache-Gabrielsen recourt habituellement à du verre « extra-blanc », qui intègre seulement 20% de verre recyclé. De fait, la couleur de la nouvelle bouteille est légèrement bleutée. « Nos revendeurs sont informés. Certains clients pensent que nous avons décoré la bouteille », s’amuse Laura Gabilan. Une bouteille de fabrication standard, et non personnalisée, a été choisie. Malgré cet engagement environnemental, « le prix n’était pas beaucoup plus élevé ».
L’imprimeur Inessens a informé Bache-Gabrielsen, fin 2020, de l'existence d’un nouveau papier 100% fabriqué en France et 100% recyclé (Fasson rNaturel blanc). « Les aspérités ne sont quasiment pas marquées sur le papier, pas aussi blanc qu’habituellement, mais cela est quasiment imperceptible. L’autre référence de papier 100% recyclé disponible n’était pas made in France » précise Laura Gabilan. Aucun marquage à chaud ni dorures métalliques n’ont été incrustés à l’étiquette, différant des codes habituels de la profession. L’impression numérique permet, elle, de limiter la gâche de papier d’environ 30% par rapport à une impression offset. Bache-Gabrielsen avait déjà recours au procédé, pour de petites séries, sur lequel il est plus économique. Le numérique permet par ailleurs de numéroter les étiquettes.
Un bouchon mono-matériau
« Il a été très difficile de trouver un bouchon éco-conçu. A notre grande surprise, dans la région de Cognac, les éléments de moins de 6 centimètres ne sont pas triés. C’est regrettable, puisque le liège est recyclable quasiment à 100% », observe Laura Gabilan. Des points de collecte sont en cours de déploiement progressif. Pour faciliter le recyclage du liège, un bouchon mono-matériau, sans corps extérieur, a été intégré au cahier des charges. Or, une bouteille de cognac ne s’ouvrant pas à l’aide d’un tire-bouchon, son bouchon ne peut être droit. Avec le fabricant de bouchons Diam et son partenaire Setop, un bouchon monomatière en liège aggloméré, qui « reste compétitif en termes de prix », a été développé.
Pour garantir l'inviolabilité de la bouteille, un sleeve a été ajouté au bouchon. Celui-ci est 100% PET, mono-matériau, sans tirecel en aluminium facilitant habituellement l’ouverture. Une bande de prédécoupe sur toute la hauteur du sleeve en facilite l'ouverture. A terme, l’idée serait de disposer d’un sleeve intégrant du rPET (polyéthylène téréphtalate recyclé).
« Nous avons travaillé avec nos fournisseurs pour que chaque élément s’adapte à notre usine », ajoute Laura Gabilan. Pour aller au bout de la démarche, le cognac est bio. Le produit est vendu plus cher que le VSOP (cinq ans de vieillissement minimum) : 49,50 euros en 50cl contre 45 euros environ en 70cl). Un moyen de répondre à la demande pour de plus petits formats.



