A Paris, Maison Benjamin Kuentz n’a pas de distillerie - et ne souhaite pas en posséder. Cet « éditeur de whisky », comme se définit la TPE (cinq personnes) créée en 2016 préfère sélectionner, en France, les fabricants qui sauront répondre au mieux aux recettes écrites par son fondateur, Benjamin Kuentz. En six ans, il a développé une gamme permanente se compose de cinq whiskies, avec deux à trois séries limitées chaque année, présente chez 600 cavistes, dans 300 restaurants et sur cinq pays à l’export - un essor seulement contrarié en 2020 compte tenu de la crise sanitaire.
« Habituellement, pour la création d’un whisky, on distille, on met en fût, puis on pense au profil aromatique qui pourra être obtenu », rappelle Benjamin Kuentz, issu du commerce et des études en boissons et spiritueux. Il commence par transcrire à l’écrit les différentes étapes de dégustation (nez, bouche, notes finales…) qu’il souhaite proposer dans un whisky. Un travail réalisé en fonction des moments de dégustation, ou à l’occasion de rencontres. Le whisky baptisé « Inouïe mélodie » a été créé avec un compositeur contemporain en musique classique : « il cherche à trouver un équilibre acoustique parfait, et je cherche à trouver un équilibre aromatique. » Une même démarche opérée il y a quatre ans avec le Guip, un chantier naval de Brest (Finistère) spécialisé dans la restauration de bateaux en bois.
Plusieurs distilleries en régions
Une fois la recette rédigée, Benjamin Kuentz recherche des partenaires industriels. « Il faut avoir un projet pour les convaincre de travailler avec un tiers – ce sont des entreprises qui ont aussi leurs marques. En Ecosse, 80% des volumes produits par les distilleries sont produits par des tiers, ce qui est moins le cas en France », explique-t-il. Il travaille actuellement avec huit distilleries, parmi lesquelles Grallet-Dupic (Lorraine), Warenghem (Côtes-d’Armor), Rouget de Lisle (Jura), la Distillerie des Menhirs (Finistère) et deux distilleries en Charente… Deux à trois distilleries supplémentaires seront prochainement annoncées. Il leur donne une projection sur une période de cinq ans, les recettes devant pouvoir être rééditées.
Après validation des projets, Benjamin Kuentz travaille avec les maîtres de chais, et teste différents types de fûts. Entre l’écriture d’une recette et le lancement d’un produit, le délai moyen est d’un à deux ans, grâce au recours à du stock déjà vieilli (il faut un minimum de trois ans pour pouvoir donner à un produit le nom de whisky) ou des affinages en cours. L’embouteillage se déroule dans les distilleries partenaires, ou chez des embouteilleurs spécialisés. Sur les matières sèches, « depuis la crise du Covid, il s’agit d’anticiper au maximum les commandes. Nous allons devoir répercuter la hausse des prix ».
« Nous sommes un pays de goût, et nous sommes les premiers consommateurs de single malts et de whisky écossais au monde », poursuit Benjamin Kuentz, qui met en avant les fortes positions de la France dans les céréales, et le savoir-faire en matière de fûts et de vieillissement grâce au vin et aux spiritueux. Prochaine étape : reprendre le développement à l’export, entravé par la crise, et davantage faire émerger sa marque. Il compte notamment sur l’essor plus global des whiskies français pour y parvenir.



