Via leurs engrais azotés, les Russes continuent d’écouler – indirectement – leur gaz sur le Vieux Continent. L’industrie européenne alerte sur la situation, qui la fragilise ces derniers mois. «Les Russes ont des coûts de production imbattables, nous sommes très exposés», résume Renaud Bernardi, le directeur commercial Europe de l’Ouest chez LAT Nitrogen. Si les entreprises russes écoulent moins de volumes qu’avant l’invasion de l’Ukraine sur la place européenne, elles bénéficient de cours élevés qui dopent leurs marges.
A contrario, l’industrie européenne doit faire avec une matière première, le gaz naturel, qui a atteint des niveaux environ deux fois plus élevés qu’avant la crise énergétique, de 35 à 40 euros le mégawattheure. Il représente près de 80% du coût d’un engrais azoté. Le lobby des industriels européens milite pour l’instauration de taxes douanières supplémentaires sur les engrais russes, qui constituent plus d’un tiers des importations européennes. «L’Europe a assez de capacités pour produire les engrais azotés nécessaires à son marché avec un impact contenu sur les prix», avance Lukasz Pasterski, le directeur de la communication du syndicat Fertilizers Europe, alors que «15 à 20%» des sites de production européens d’engrais azotés ou d’ammoniac seraient à l’arrêt.
Des restrictions difficiles à mettre en place
Reste que des restrictions au commerce des engrais apparaissent pour l’heure difficiles à mettre en œuvre. « Toute taxe sur les engrais est répercutée dans le prix de revient des agriculteurs », rappelle Yohan Merieau, le directeur général de Fertiline, la division engrais du géant français des céréales In Vivo. Or la situation des agriculteurs, quelques mois après leur mobilisation, est mauvaise : le coût des intrants demeure à des niveaux élevés alors que le prix des céréales s’est effondré et que la récolte de blé a été catastrophique en France.
Une restriction aux échanges d’engrais russes, et les effets inflationnistes qui s’ensuivraient, pourrait bien mettre le feu aux poudres. «La situation serait incroyablement inflationniste, je suis sceptique quant à l’aptitude des politiques européens à parvenir à une telle mesure», indique en off un analyste anglo-saxon. Un observateur des arcanes européens indique qu’il n’y aura pas, «à court terme», de décision politique pour restreindre le commerce des engrais russes. #

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3736 - Novembre 2024



