Le Grand-Est veut devenir le fournisseur officiel de la mobilité électrique

De l’extraction du lithium à la reconversion des sous-traitants automobiles, l’industrie du Grand-Est s’organise pour couvrir les besoins de la filière des batteries électriques.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Hanon Systems a réorienté sa production sur les systèmes de refroidissement pour les batteries de véhicules électriques.

Si aucune gigafactory de batteries n’est programmée dans le Grand-Est, le territoire est bien placé pour fournir tout ce qui les compose. A commencer par le lithium, au cœur de plusieurs projets dans le nord de l’Alsace. La start-up strasbourgeoise Viridian, lauréate de l’appel à projets Métaux critiques de France 2030, a initié en 2022 la première raffinerie française de lithium pour batteries. L’usine devrait voir le jour fin 2025 à Lauterbourg (Bas-Rhin) avec une capacité de production annuelle de 25 000 tonnes, pouvant aller jusqu’à 100 000 tonnes d’ici à 2030. De quoi couvrir la production de 2 millions de véhicules électriques par an, l’objectif fixé par Emmanuel Macron.

De son côté, l’énergéticien Electricité de Strasbourg, qui exploite deux centrales géothermiques dans le Bas-Rhin, s’est associé au groupe minier Eramet pour extraire et produire 10 000 tonnes de lithium par an. Sur les rangs aussi, Lithium de France à Bischwiller (Bas-Rhin), filiale du groupe Arverne spécialisée dans la transition énergétique et la géothermie, qui a levé 44 millions d’euros en mars, pour financer des forages et le développement de son procédé d’extraction. Après les séismes au nord de Strasbourg près des forages de Georhin (ex-Fonroche Géothermie, dont les actifs ont été rachetés en début d’année par Arverne), ces entreprises trouvent dans la mobilité électrique un autre débouché à l’exploitation de la géothermie.

Nouveaux marchés

Le développement de cette filière dynamise la région et met en réseau les sous-traitants alsaciens de l’automobile. «Cela permet d’avoir de nouveaux interlocuteurs sur le sujet», confirme Marc-Anthony Hebinger, responsable grands comptes de Sogefi Group à Orbey (Haut-Rhin). L’équipementier, qui conçoit et produit notamment des systèmes de filtration, de gestion de flux d’air et de refroidissement moteur, a pris le virage de la mobilité électrique il y a plus de six ans. Il a développé, entre autres, un système de refroidissement du pack batterie pour les véhicules électriques, hybrides et à hydrogène. La fabrication du produit repose sur un processus de soudure laser moins énergivore que les techniques habituelles. Une innovation qui a valu à l’entreprise d’être lauréate de l’appel à projets France 2030 «Diversification des sous-traitants de la filière automobile». La production doit démarrer à Orbey en 2024. Si l’entreprise fournit toujours des produits pour les moteurs thermiques, en 2022, un peu plus de la moitié des marchés remportés par sa division Air & Cooling concernait la mobilité électrique. Pour répondre aux besoins de ces nouveaux marchés, Sogefi s’est doté d’un centre technique à Marckolsheim (Bas-Rhin) en 2022 pour la R&D et la fabrication des préséries, et a racheté en mars la société alsacienne d’outillage technique ATN.

C’est aussi l’électrique qui redonne des perspectives à l’équipementier allemand Mahle Behr. Soutenu à hauteur de deux millions d’euros par le Fonds de modernisation de l’automobile, le site de Rouffach (Haut-Rhin) fabriquera en 2024 une nouvelle génération d’échangeurs électriques qui offriront une recharge plus rapide des batteries.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

De l’autre côté des Vosges, à Pont-Saint-Vincent (Meurthe-et-Moselle), Soderel trouve dans la mobilité bas carbone un débouché supplémentaire pour ses activités de sous-traitance automobile. La PME compte parmi les dix fabricants mondiaux de machines spéciales sur un marché de niche, le contrôle et le remplissage des circuits de fluides : freinage, refroidissement, direction assistée… «Un véhicule électrique nécessite autant, voire davantage, d’opérations de contrôle de l’étanchéité et de remplissage de ses circuits qu’un véhicule thermique», analyse Jean-Luc François, son directeur technique. Il y a deux ans, l’entreprise de 104 salariés a décroché un contrat pour équiper les usines du groupe Stellantis en bancs de contrôle de l’étanchéité des packs batteries. Une vingtaine de systèmes capables de vérifier l’imperméabilité du pack lors d’une immersion de trente minutes sous un mètre d’eau ont été installés sur les chaînes de montage européennes du groupe. Le renouvellement du contrat avec Stellantis au premier trimestre 2023 s’est doublé d’une autre opportunité, la fabrication pour le site Forvia de Theillay (Loir-et-Cher) de bancs de contrôle de l’étanchéité du couvercle en composite du pack. Enfin, pour boucler la boucle, Soderel produit également des équipements de contrôle de l’étanchéité du circuit de refroidissement de la batterie.

Un modèle d’adaptation

Encore plus à l’ouest, à Charleville-Mézières (Ardennes), la seule filiale française du sous-traitant automobile coréen Hanon Systems retrouve un second souffle grâce au plan pluriannuel de 36 millions d’euros d’investissement lancé en 2020 et destiné à produire 800 refroidisseurs de batteries par jour pour l’allemand Volkswagen. «Notre groupe a compris que le véhicule électrique n’était plus une alternative mais une obligation, et il a eu la volonté d’investir pour pérenniser l’outil de travail», souligne Mustapha Khelladi, le directeur général du site. Arrivé dans les Ardennes avec pour mission de fermer l’usine, le dirigeant avait décelé le potentiel de cette PME et réclamé 12 millions d’euros pour passer de l’injection plastique à l’aluminium, avant de miser sur l’électrique.

Après deux décennies ponctuées par quatre plans sociaux qui ont fait chuter les effectifs de 1 300 en 2004 à 414 en 2023, le fabricant de pièces de climatisation pour l’automobile voit son horizon s’éclaircir. Il affiche l’objectif de concevoir un million de pièces par an pour son donneur d’ordres germanique. Pour y parvenir, Mustapha Khelladi a aménagé un atelier de 11 500 m² incluant une chaîne de production largement robotisée. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, est venu louer, début janvier, la mue exemplaire de l’usine ardennaise, symbole de l’adaptation d’une filière automobile qui compte plus de 100 000 emplois dans le Grand-Est. 

Les capsules Urbanloop roulent pour Nancy

L’idée de capsules autonomes se déplaçant sur des boucles de rails interconnectés a germé en 2017 dans le cadre d’un projet d’élèves-ingénieurs à l’université de Lorraine. La start-up Urbanloop, créée deux ans plus tard à Nancy (Meurthe-et-Moselle), lance cette technologie innovante et peu gourmande en énergie. Lauréate de l’appel à innovations Mobilités pour les JO de Paris 2024, elle a conçu un projet pilote pour expérimenter dix capsules à Saint-Quentin-en-Yvelines. Le Grand Nancy va investir 22 millions d’euros afin de mettre en circulation 40 capsules sur 3,3 km de rails qui relieront en 2026 un parking-relais au centre-ville. Les capsules seront fabriquées aux Ateliers Cini, une PME locale. Un succès qui concrétise l’intuition de Jean-Philippe Mangeot, enseignant-chercheur et fondateur d’Urbanloop, qui a parié sur les performances des moteurs synchrones à aimants permanents et sur l’intelligence artificielle capable de gérer une flotte de capsules. 

 

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.