Hyvolution Paris, le salon dédié à l'hydrogène s'est ouvert ce mercredi 1er février pour deux jours dans un climat d'effervescence pour la filière française. Et pour cause, l'hydrogène-énergie est devenu, au niveau national comme européen, un ingrédient clé des politiques de décarbonation.
L'heure est au déploiement massif des technologies liées, en premier lieu celles de la production du gaz léger par électrolyse. La stratégie nationale présentée le 8 septembre 2020 fixe l'objectif d'une capacité annuelle de production d'électrolyseurs de 6,5 gigawatts en 2030. Un niveau qui permettrait selon France Hydrogène, Fédération professionnelle du secteur, de créer quelque 100 000 emplois directs à cet horizon... A condition que l'objectif soit atteint. « Si on achète les électrolyseurs en Chine, on aura tout perdu », prévient Philippe Boucly.
Le président de France Hydrogène relève deux difficultés auxquelles fait face ce déploiement de l’hydrogène : le cadre institutionnel et la concurrence du fossile. France Hydrogène a recensé 250 projets d'hydrogène renouvelable et bas carbone sur le territoire français, pour un volume qui excède le million de tonnes. Mais les décisions d’investissements restent timorées, « Cela s’explique par l’attente de directives et réglementations de la Commission européenne, notamment les directives sur les énergies renouvelables RED II et RED III, respectivement retardée et révisée. »
Le second obstacle réside dans le coût de l’hydrogène décarboné, produit à partir d’électricité nucléaire ou d’énergies renouvelables, qui reste reste plus élevé que l'hydrogène produit à partir de gaz naturel. « Les mécanismes de soutien tardent à sortir », regrette Philippe Boucly.
Des investissements considérables mais insuffisants
Pourtant des investissements massifs sont présents. La Commission européenne a validé en juillet et septembre 2022 deux Projets Importants d'Intérêt Européen Communautaire (PIIEC) sur l’hydrogène - mécanisme de promotion de l’innovation stratégique. Le premier PIIEC Hy2Tech, axé sur la fabrication des technologies clés de l’hydrogène, regroupe 41 projets européens, dont 10 français qui ont pu bénéficier d’un investissement public de 2,1 milliards d’euros : Alstom France (trains à hydrogène), Arkema (réservoirs et piles), Elogen, Genvia, Mc Phy, John Cockerill (électrolyseurs), Hyvia (véhicules à hydrogène), Plastic Omnium France, Faurecia (réservoirs) et Symbio (piles).
Le second PIIEC Hy2Use, couvrant les infrastructures et les applications industrielles, a retenu 2 projets français : MassHylia (hydrogène décarbonné dans la raffinerie de la Mède) porté par Engie et TotalEnergies, et une unité de production d'hydrogène par électrolyse de 200MW, en Normandie, porté par Air Liquide. Les PIIEC 3 et 4 sur les infrastructures et la mobilité hydrogène seront lancés prochainement.
D'autres mécanismes de soutien existent, comme des appels à projets de l’Ademe. Mais pour Philippe Boucly, des besoin en financements persistent : « Malgré les aides à la construction d'usines à piles à combustibles, le coût des véhicules utilitaires légers à hydrogène reste élevé pour Stellantis et Renault - qui sont pourtant les seuls au Monde à en fabriquer ! Il faut soutenir la production mais aussi les usages. »
Un assouplissement des règles européennes pour obtenir des aides
L’Union européenne a bien compris les besoins d’investissements mais aussi ceux de flexibilité, pointe Philippe Boucly, qui souligne que l’Inflation Reduction Act (IRA) américain a établi en septembre 2022 un mécanisme de crédit d’impôt pour l’hydrogène décarboné basé simplement sur le nombre de tonnes de CO2 évitées.
Face à la complexité des textes européens, l’IRA est « un outil très efficace pour réindustrialiser les Etats-Unis, les rendre autonome », avance-t-il. En réponse à cela, la Commissaire européenne chargée de la concurrence Margrethe Vestager « souhaite assouplir les règles sur les aides d’Etat afin qu’ils soutiennent plus facilement les industries de leur choix. »



