Des 6,5 GW de capacité de production d’hydrogène décarboné prévus pour 2030 et annoncés en 2020 lors de la publication du premier document de stratégie nationale sur le sujet, il ne reste aujourd’hui que 4,5 GW. À l’horizon 2035, ce même objectif passe de 10 GW à 8 GW. A la suite du Comité interministériel de l’innovation du 10 avril dernier, le Premier ministre François Bayrou a présenté la copie révisée du gouvernement quant à l’hydrogène décarboné en France. Quelque 9 milliards d’euros, déjà budgétés il y a 15 mois, financeront cette stratégie nouvelle d’ici à 2030.
Le retard de la filière, les coûts encore élevés de production d’hydrogène vert ou une phase d’industrialisation ayant pris « plus de temps que prévu », d’après un communiqué du gouvernement, sont les raisons principales de cette révision. « La première stratégie a été rédigée à une époque où l’hydrogène apparaissait comme un nouveau vecteur énergétique présentant un fort potentiel de décarbonation », rappelle-t-on au sein du ministère de l’industrie et de l’énergie.
Le gouvernement a identifié 4 secteurs industriels à fort potentiel de décarbonation par hydrogène vert : le raffinage, la production d’engrais, la chimie et la sidérurgie. Le secteur des transports, et notamment les filières aériennes, maritimes et de mobilité routière lourde sont également perçus comme des candidats pertinents à l’utilisation d’hydrogène décarboné. Au total, les besoins en hydrogène de ces secteurs à horizon 2030 sont estimés entre 320 000 et 520 000 tonnes par le gouvernement.
Nouveaux financements et mesures reconduites
Pour venir au soutien du secteur de l’hydrogène décarboné, le gouvernement français entend mettre en œuvre ou prolonger plusieurs mesures déjà présentes dans la version initiale de la stratégie nationale. Le gouvernement compte par exemple soutenir, à hauteur de 4 milliards d’euros au total, l’émergence d’une capacité d’électrolyse totale de 1 GW destiné à l’industrie.
Le programme Projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) permettra, lui, de soutenir, pour un montant de 600 millions d’euros, le développement de 5 électrolyseurs couvrant les 4 options technologiques existantes aujourd’hui : les technologies alcaline et à membrane échangeuse de protons, déjà industrialisées, et les technologies plus exploratoires d'électrolyses à haute température, augmentant le rendement de production énergétique, et à membrane échangeuse d’anions, utilisant peu voire aucun métal rare. Lhyfe, TotalEnergies et Gen-Hy ont déjà bénéficié du PIIEC, et d’autres projets d'électrolyseurs d'envergure devraient suivre prochainement, d’après le ministère de l'industrie et de l’énergie.
L’appel à projet baptisé Briques technologiques et grands démonstrateurs devrait poursuivre, avec une enveloppe de plus de 115 millions d’euros, le soutien au développement de projets de recherche concernant les électrolyseurs, les piles à combustibles et l’ensemble de la chaîne de valeur de l’hydrogène décarboné. Le gouvernement rappelle dans un communiqué que 35 projets ont déjà été soutenus, à hauteur de 350 millions d’euros. Enfin, ont été annoncés un nouvel appel à projets, concernant cette fois-ci les véhicules utilitaires à hydrogène, et de nouvelles mesures de soutien aux études de carburants de synthèse, avec l'espoir de faire émerger d'ici à 5 ans les premières productions industrielles pour les secteurs aéronautique et maritime.



