«Il s’agit actuellement de l’une des plus importantes unités de production de biochar lancées en Europe », avance, sans toutefois donner de chiffres, un porte-parole de Circular Carbone interrogé par Industrie & Technologies après la publication d'un communiqué le 18 janvier.
Filiale du groupe allemand Econnext spécialisé dans les technologies de l’environnement, Circular Carbon a lancé une unité industrielle de production à Hambourg. Celle-ci met en oeuvre un procédé de pyrolyse des résidus de fèves de cacao d’un industriel de l’agroalimentaire : un chauffage de la biomasse à 500°C sans apport d’oxygène qui produit un composé solide assimilé à un charbon végétal, le biochar, et un gaz de synthèse.
Séquestration du carbone par pyrolyse
Durant la pyrolyse de biomasse qui appartient à la grande famille des solutions de CCUS (Capture Carbone Utilisation Séquestration), le biochar produit agit comme un puits de carbone. Il capture le carbone initialement contenu dans les résidus de végétaux de manière stable. Il est ainsi considéré par le GIEC parmi les technologies à émissions négatives car sa production et son utilisation séquestrent davantage de carbone qu’elles n’en émettent.
«Dans cette technologie CDR (Carbon Dioxide Removal), chaque tonne de biochar produit pourra capturer 2,5 tonnes de CO2 et le séquestrer sur le long terme», souligne Peik Stenlund, co-fondateur de Carbon Circular qui vendra le biochar produit à différents secteurs (agriculture, alimentation animale, plantations urbaines).
Quant au gaz de synthèse produit, il peut être valorisé sous forme d’électricité et de chaleur par cogénération ou sous forme d’hydrogène vert. Circular Carbon a opté pour une valorisation directe du gaz en chaleur renouvelable sous forme de vapeur utilisée pour chauffer le procédé de production de cacao de son client. « Notre solution est un levier supplémentaire pour la décarbonation de l’industrie. Elle peut produire jusqu’à 16 500 MWh par an de chaleur renouvelable qui réduira la dépendance au gaz naturel des industriels », souligne encore Peik Stenlund.
Une filière du biochar émergente en France
Si l’industrie du biochar commence à se structurer en Europe, où existe une centaine d’installations d’après l’association européenne des producteurs de biochar (EBI), le marché français est encore émergent. Le positionnement des entreprises varie, certaines mettant en avant l’intérêt agronomique du biochar alors que d’autres privilégient l’apport d’énergie verte pour l’industrie.
Deux start-up françaises créées en 2021 illustrent cet écart. D’un côté, NetZero, qui compte parmi ses co-fondateurs le climatologue Jean Jouzel, veut utiliser le biochar pour restaurer la qualité des sols agricoles des zones tropicales. Elle a installé un premier pilote au Cameroun. De l’autre, Carbonloop propose aux industriels une solution de pyrolyse de biomasse totalement intégrée, via des modules produisant au choix du gaz renouvelable ou de l'hydrogène vert.
Dans la stratégie de Carbonloop comme de Circular Carbon, le biochar est alors plutôt considéré comme un co-produit que ces sociétés commercialisent pour leurs clients et qui rapporte surtout aux industriels des quotas carbone. Carbonloop s’est associée en octobre 2022 à l’équipementier Haffner Energy pour lancer sa première unité de production de biochar (400 tonnes par an) et de gaz renouvelable à la mi-2023 pour un pôle d’agriculture construit dans les Yvelines. Un second projet est également prévu pour Maison Boinaud, un viticulteur de la région de Cognac.



