« Notre première unité de production de gaz de synthèse et de biochar par pyro-gazéification de biomasse entrera en service mi-2023 », déclare Claire Chastrusse, directrice générale de Carbonloop

La start-up Carbonloop a annoncé le 10 novembre dernier le début de sa collaboration avec Geca Environnement, cabinet international spécialiste du biochar sur le marché nord-américain. Une véritable valeur ajoutée pour la jeune pousse lancée en 2021, qui propose aux industriels une solution de décarbonation basée sur le biochar et générant un facteur d’émission négatif. Explication avec sa directrice générale, Claire Chastrusse. 

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Claire Chastrusse, Directrice Générale de Carbonloop.

Industrie & Technologies : Que va apporter à Carbonloop la collaboration avec le cabinet Geca Environnement ?

Claire Chastrusse:Geca Environnement est aujourd’hui l’un des rares cabinets spécialisés dans le biochar (charbon issu de la pyrolyse de la biomasse) dans le monde. Ils travaillent notamment sur le marché nord-américain, bien plus avancé que le marché européen sur cette question (1,5 million de tonnes y ont été produites en 2021 contre 40000 en Europe). Par ailleurs, ils ont une connaissance de toute la chaîne de valeur du biochar, de sa production à sa commercialisation. Leur expertise et leur expérience sont donc une véritable valeur ajoutée pour Carbonloop, puisque nous avons fait du biochar le cœur de la solution de décarbonation à facteur d’émission négatif que nous proposons aux industriels.

En quoi consiste cette solution de décarbonation ?

Notre mission, que nous sommes les seuls à mener pour le moment, est de développer, intégrer puis exploiter des unités de production d’énergie sur le site de consommation d’industriels, en utilisant la technologie de pyro-gazéification qui mobilise la biomasse comme matière première (issue de résidus agricoles ou forestiers). Nous la sourçons puis nous l'envoyons dans une unité de production.

Concrètement c’est une petite usine adossée au site industriel, dans laquelle est menée la pyro-gazéification. La biomasse y est donc chauffée à 500 degrés, ce qui donne deux flux : un flux solide, le biochar, et un flux gazeux. Ce dernier est ensuite lavé pour obtenir un gaz de synthèse faisant partie de la famille des gaz renouvelables. Le gaz de synthèse peut être directement consommé sur le site industriel en substitution du gaz naturel, transformé en électricité ou en chaleur, ou enfin purifié pour donner de l’hydrogène renouvelable.

Et que devient le biochar ?

Le biochar, résidu de la pyrolyse de la biomasse, a la capacité de piéger la moitié du CO2 émis lors de la pyrolyse de la biomasse. Nous nous occupons par la suite de le vendre et il est principalement utilisé pour améliorer la qualité des sols et représente une source de stockage stable et durable du carbone. C’est pour cela que le GIEC en parle comme d’un puits de carbone dans ses trois derniers rapports, ou encore comme d’une technologie à émission négative, puisque sur toute la chaîne on a au total piégé plus de carbone qu’on en a émis pendant le processus. Le biochar est par ailleurs reconnu internationalement par les plus grands labels de certification carbone, et permet d’obtenir des crédits carbones (une certification pouvant qu’une tonne de CO2 a été réduite, évitée ou retirée de l’atmosphère par un projet), que le client pourrait utiliser dans sa comptabilité carbone.

A quel type d’industrie votre solution est-elle destinée ?

Nous nous adressons à tous types d’industries qui consomment en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 du gaz naturel et qui utilisent des hautes températures pour leurs procédés. Cela peut être des équipementiers, des fabricants de matériaux, des industriels agroalimentaires, de la chimie ou de la pharmacie. Il y a aussi une contrainte d’espace à prendre en compte puisque nous avons besoin pour installer l’unité de production d’énergie d’environ 1000 mètres carrés. Ce qui est difficile à avoir en milieu urbain par exemple.

Quels sont vos objectifs en termes d’installation de ces unités de production ?

Nous visons l'équipement d’une centaine de sites industriels d’ici à 2030. Pour l’instant, nous venons de signer en octobre dernier notre première commande avec l’un de nos partenaires équipementiers, Haffner Energy, pour un projet de production de gaz renouvelable pour l’un de nos clients. La mise en service de cette première unité, qui fera aussi office de démonstrateur, est prévue pour la mi-2023.

Parallèlement, nous travaillons au développement d’une première station de production d’hydrogène renouvelable, produit à partir de notre gaz de synthèse, avec notre partenaire Hyliko, une start-up proposant une solution de mobilité lourde, incluant des camions et des stations de distribution. Cette première station devrait voir le jour d’ici à la fin 2023. Plus généralement, nous visons une dizaine de sites d’ici à 2025, puis une accélération sur la fenêtre 2027-2030 pour atteindre notre objectif de la centaine de sites en 2030. 

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