L'Usine Nouvelle. - Comment améliorer l’attractivité des biotechs françaises dès leur création ?
Franck Mouthon. - La majorité des biotechs déploie des actifs issus de la sphère académique française. L’étape clé est le transfert de technologies, réalisé par les offices comme l’Inserm Transfert, le CNRS, l’Institut Pasteur, le CEA et les SATT [sociétés d’accélération du transfert de technologies]. Ce serait très utile de conserver leur ancrage territorial tout en mutualisant leurs compétences et portefeuilles pour l’ensemble du territoire. Ceci afin que dans les biotechnologies, où les temps, les coûts et les risques de développement sont élevés, les acteurs renforcent l’exigence pour le transfert de technologies sur les actifs partant en développement.
Des entreprises sont parfois créées avec des actifs peu matures, en termes de degré de qualification. Or la maturité est inversement proportionnelle au risque. Renforcer et soutenir le transfert de technologies permettrait d’accroître la maturité des actifs, d’améliorer les plans de développement, et ainsi de consolider les sociétés dès cette étape.
Pourquoi consolider ?

Le marché français des biotechnologies n’a pas aujourd’hui la profondeur suffisante en termes de financement et d’investisseurs par rapport au nombre de sociétés créées. On ne peut donc pas se priver de réfléchir à des logiques de consolidation. Lorsque vous avez un actif relativement avancé et qui répond à un besoin, les acteurs de transferts de technologies devraient déterminer s’il n’y a pas d’autres actifs pouvant consolider le portefeuille de cette société partant en développement au lieu de créer deux?entreprises développant des actifs qui pourraient devenir concurrentiels. Cela mutualiserait les ressources et mitigerait les risques, tout en évitant que des sociétés concurrentes viennent chasser auprès des mêmes investisseurs en amorçage. On limiterait les effets de saupoudrage que l’on observe.
Le point noir du financement des biotechs reste celui du late stage, avec le risque de la fuite des cerveaux et de l’innovation à l’étranger. Comment la France peut-elle progresser ?
C’est pour cette raison que France Biotech a mis en place l’événement HealthTech Investor Day pour attirer en France des investisseurs internationaux capables d’investir sur ces étapes fortement capitalistiques. Le mécanisme de l’économiste Philippe?Tibi, repris par le gouvernement pour aider l’essor de la french tech, commence à répondre à ce manque de financement late stage. Le mécanisme incite les systèmes assurantiels et parapublics à collecter des fonds avec une gouvernance extrêmement lisible et transparente. Aujourd’hui, 6,2 milliards d’euros ont été collectés. Ces investisseurs institutionnels sélectionnent ensuite des équipes de gestion, selon leurs thèses d’investissement, pour placer des capitaux dans des entreprises. Parmi les sélectionnées, il y a déjà Jeito, spécialisée dans la santé. Elle va pouvoir collecter auprès de ces investisseurs institutionnels pour permettre aux biotechs financées d’aller jusqu’au marché. C’est un premier fonds santé, il y en aura d’autres. C’est la preuve que des financements structurés de très haut niveau commencent à se mettre en place en France et confirment l‘opportunité d’intervenir sur le late stage.



