Dernier-né du calcul quantique français, Crystal Quantum Computing mise sur les ions piégés

Discrète depuis sa création en 2021, la start-up parisienne Crystal Quantum Computing mise sur la technologie des ions piégés. Présentée comme novatrice, son approche saura-t-elle s'imposer face à celles de la concurrence, arrivée plus tôt ?

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Crystal Quantum Computing aplique l'approche des portes de Rydberg, utilisées par Pasqal dans son calculateur quantique à atomes froids (photo), à son système à ions piégés.

C’est la plus jeune et, pour l’instant, la plus discrète des start-up françaises du calcul quantique. Lancée en mars 2021, Crystal Quantum Computing sort doucement de l’anonymat. Composée de quatre personnes – dont deux associés et un doctorant – la jeune pousse parisienne se met tout juste en ordre de bataille. En basant son approche sur la technologie dite des ions piégés, elle se pose en alternative à ses compatriotes Pasqal, Alice & Bob, Quandela, Quobly et C12, qui explorent toutes des technologies différentes.

Son approche diffère aussi de celle d’IonQ, pionner des ions piégés coté en Bourse à New York depuis octobre 2021. La technologie de Crystal Quantum Computing se base sur les travaux de son fondateur Quentin Bodart, physicien passé par les capteurs quantiques avant de se spécialiser dans les systèmes de calcul. «Nous avons développé une nouvelle porte quantique : la porte de Rydberg, explique-t-il à L’Usine Nouvelle. Cette approche était réservée aux atomes neutres jusqu’à mes travaux de post-doctorat, nous l’appliquons désormais aux ions piégés.»

D’après le scientifique, cela permet de profiter des avantages des deux approches : «la stabilité des ions piégés et la vitesse des états de Rydberg», explique-t-il. Ses qubits offrent ainsi un temps de cohérence relativement long et une vitesse d’opération rapide, de quoi faire beaucoup de calculs pendant leur durée de vie.

Culture du secret

Pour accompagner son développement, Crystal Quantum s’associe avec le laboratoire du CNRS Matériaux et phénomènes quantiques (MPQ), à l’université Paris Cité, spécialiste de la question des ions piégés. «L’architecture du système est très importante pour contrôler les ions et effectuer des opérations, rappelle Quentin Bodart. Avoir le soutien d’un laboratoire comme le MPQ est très important pour notre développement.»

Quant à sa technologie, la start-up reste discrète. Voire mutique. Mis à part l’utilisation de lasers ultra-violets et d’une chambre à vide, rien ne filtre. Crystal Quantum n’a pas déposé de brevet, mais des enveloppes Soleau garantissant la paternité de ses développements, qui doivent lui permettre d’utiliser sa technologie même en cas de dépôt de brevets concurrents. «Ces enveloppes permettent un secret total, contrairement aux brevets qui sont rendus publics après deux ans», souligne Quentin Bodart. Une culture du secret à rebours de la concurrence, généralement encline à partager ses progrès avec la communauté scientifique

Une levée de fonds en projet 

Après avoir remporté un appel à projets de la région Ile-de-France (Innov’up Leader PIA), doté de 450000 euros, la jeune pousse passée par l’incubateur de Telecom Paris a noué en septembre un partenariat (accompagné d’un investissement de 100000 euros) avec le groupe d’ingénierie Advans. Elle se lance désormais dans sa première levée de fonds. «Notre objectif est de lever 2,5 à 3 millions d’euros pour les trois prochaines années, mais nous devons avant tout récolter 500000 euros pour débloquer la subvention liée à l’appel à projets régional», rappelle Quentin Bodart.  

Cela sera indispensable pour tenir dans la course face à ses compatriotes… et les autres. «On a lancé Crystal Quantum car on pense ne pas avoir les points bloquants de nos concurrents», estime son fondateur. La start-up mise aussi sur un modèle différent. «Nous allons essayer d’externaliser au maximum certains axes – comme la création d’un émulateur, le développement d’algorithmes ou l’offre quantum as a service – auprès de start-up françaises spécialisées pour pouvoir nous concentrer sur notre cœur de métier et garder le contrôle de nos dépenses», explique-t-il. Encore à ses débuts, l’entreprise n’a pas encore noué de partenariat avec ce type de partenaires et dit opérer, pour l’instant, projet par projet pour ne pas se fermer de porte.

Une techno concurrente déjà accessible sur le cloud

Ce plan d’action sera-t-il suffisant pour rattraper son retard face à la concurrence ? Crystal vise un système à 100 qubits d’ici à 2029. À titre de comparaison, Pasqal a dépassé ce seuil en 2024 – il vise 10000 qubits en 2026 – et a déjà levé 140 millions d’euros. Mais cette course technologique ne se résume pas à l’accumulation de qubits. Elle se joue aussi et dès à présent sur le plan commercial. Et la plupart des start-up françaises et étrangères ont commencé à commercialiser des offres, voire des produits.

C'est le cas d'IonQ, son plus proche concurrent, dont la technologie est accessible en cloud et qui prévoit de commercialiser des racks quantiques d'ici à la fin 2024. Crystal Quantum devra convaincre les utilisateurs de la supériorité de son environnement pour les faire changer de crèmerie.

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