Enquête

Deux ans après le plan quantique, l’écosystème de jeunes pousses est sur de bons rails

Le plan quantique lancé en 2021 est salué par les start-up et les fonds du secteur. Mais sa deuxième phase devra passer par une accélération de la commande publique.

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Emmanuel Macron. lors de la présentation du plan quantique français, le 21 janvier 2021 sur le campus de Saclay, dans l’Essonne.

Janvier 2021. Emmanuel Macron annonce 1,8 milliard d’euros sur cinq ans en faveur des technologies quantiques, avec une part d’investissements privés évaluée à 550 millions d’euros. Systémique, le plan met l’accent sur le développement technologique – notamment pour doper la recherche académique – et la structuration de l’écosystème, jusqu’à la formation des talents. Deux ans et demi plus tard, la France est bien couverte en start-up sur les technologies de calcul quantique, dans une ère de machines encore imparfaites. Il y a les atomes froids de Pasqal, les supraconducteurs d’Alice & Bob, la photonique de Quandela ou encore le silicium de C12 et de Siquance, devenu Quobly.

Bpifrance dénombre une vingtaine de jeunes pousses dans cet écosystème. «On se serait lancés sans ce plan, estime Maud Vinet, la dirigeante de Quobly, créé en 2022. Mais il supprime les risques sur les volets du financement, des compétences et de la chaîne d’approvisionnement.» Le signal a aussi été incitatif pour les fonds. Omnes Capital a commencé son aventure dans le quantique en novembre 2021 lors d’une levée de fonds de 15 millions d’euros de Quandela. «Le plan nous a incités très directement à investir dans ce secteur», confirme Fabien Collangettes, associé chez Omnes. Pour cette société de gestion, le soutien étatique envers un écosystème est un paramètre majeur du processus de décision. L’afflux d’argent public aide à déclencher des investissements. «Nous injectons moins d’argent, les valorisations sont moins fortes, donc nous investissons à des prix plus bas», résume Olivier Tonneau, associé du fonds Quantonation, présent sur le secteur dès 2018.

Dans l’attente de moyens supplémentaires

«Entre 2021 et 2023, les levées ont atteint 300 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 50 millions d’investissements industriels, assure Neil Abroug, le coordinateur national de la stratégie quantique. Nous serons au rendez-vous établi pour 2025. Maintenant, il est pertinent de se demander si ce rendez-vous est à la hauteur de nos ambitions.» Concurrentes de Quandela, les start-up canadienne et américaine Xanadu et PsiQuantum ont par exemple levé, ensemble, environ 700 millions de dollars au cours des deux dernières années, un montant proche du dimensionnement du plan quantique français. Reste que le barycentre de cette stratégie a jusqu’ici été plutôt académique, avec des appels à projets sur les capteurs ou encore la cryptographie quantique. «La grande attente, désormais, c’est de conclure l’approche systémique du plan par de la commande publique, constate Fabien Collangettes, qui observe une démarche proactive du Centre aérospatial allemand sur ce sujet. Ce sera le juge de paix qui permettra de lever plus de 100 millions d’euros demain et de rester dans la course à l’avantage quantique.»

Au gouvernement, on est conscient de cette attente et la deuxième phase qui s’ouvre doit y répondre, probablement avec un soutien particulier du secteur de la défense. L’État a déjà contribué à l’achat d’un simulateur quantique de Pasqal, qui doit être livré d’ici à la fin de l’année au Très grand centre de calcul du CEA, à Bruyères-le-Châtel (Essonne). Une autre procédure doit permettre d’acquérir une machine photonique d’ici à décembre. La deuxième phase du plan quantique devra aussi redynamiser la création de start-up.

Un start-up studio dans les tuyaux

Une accalmie est ressentie au sein de l’écosystème après la vague de naissances observée entre 2018 et 2021. Pour ce faire, un appel à projets pour créer un start-up studio est dans les tuyaux. « Cela aidera à faire sortir la techno des laboratoires et les jeunes pousses à réaliser leurs premiers recrutements », s’enthousiasme Olivier Tonneau, de Quantonation. Le fonds a jusqu’ici mené ce type de tâches lui-même avec certaines start-up de son portefeuille comme Qubit Pharmaceuticals. Cette entreprise, qui développe des logiciels pour la conception de médicaments, est centrée sur l’applicatif et utilise des calculateurs conventionnels tout en se projetant dans le recours au quantique. Un exemple que Quantonation aimerait démultiplier dans les prochains mois.

La part belle aux technologies habilitantes

La stratégie quantique comporte un volet sur les technologies habilitantes, ces composants critiques (électronique bas bruit, cryogénie...) pour fabriquer des ordinateurs quantiques. Ses moyens ne sont cependant pas déployés à travers des appels à projets dédiés, mais plutôt via des guichets génériques comme les i-Démo de France 2030. C’est dans ce cadre que le programme QRYOLinq, qui vise à développer de nouveaux câbles pour les machines quantiques cryogéniques, a été soutenu en fin d’année dernière. D’autres sont déjà en préparation. « La construction d’un écosystème permet de formuler des demandes plus précises pour les fournisseurs de ces technologies », estime Maud Vinet, la dirigeante de la start-up Quobly. Un prérequis à la création d’une chaîne d’approvisionnement.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3711 - Septembre 2023

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