Dassault Aviation regrette de ne pas avoir les manettes du programme SCAF pour exercer son rôle de leader industriel

A l’occasion de la publication de ses résultats semestriels, le PDG de Dassault Aviation regrette de ne pouvoir véritablement exercer son rôle de maître d’œuvre pour l’avion de combat du futur attaché au programme SCAF. Il estime n'être pas en mesure de pouvoir sélectionner les fournisseurs du programme en Allemagne et en Espagne.

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Dassault Aviation Rafale Bourget 2025
Dassault veut jouer un rôle central dans le programme SCAF, qui doit remplacer les Rafale et Eurofighter.

Lancé en 2017, le programme SCAF (système de combat aérien du futur) est toujours freiné par ses problèmes de gouvernance industrielle. «On me demande d'être leader et je n'ai pas les manettes pour l'être», s’est plaint Eric Trappier le PDG de Dassault Aviation,  le 22 juillet à l’occasion de la présentation des résultats semestriels de sa société.

Le SCAF est un programme sous leadership français mené et financé en coopération avec l’Allemagne et l’Espagne en vue de remplacer à partir de 2040 les Rafale et les Eurofighter des trois pays. Désigné comme maître d’œuvre industriel du pilier du programme centré sur l’avion de combat, le Next generation fighter (NGF) le dirigeant regrette de ne pas avoir les coudées franches et d’avoir à gérer un co-leadership délicat avec Airbus. En effet, si la France a désigné Dassault Aviation comme son représentant industriel, l’Allemagne et l’Espagne ont désigné chacun Airbus, qui se retrouve de facto avec un poids industriel deux fois supérieur à celui de Dassault. «Comment, moi, Dassault Aviation, je peux avoir un leadership alors que j'ai en face de moi quelqu'un qui pèse deux fois plus, pas en termes de taille de société, mais en termes de travaux ?», a regretté Eric Trappier.

Un audit sur la coopération industrielle du SCAF

Les conséquences industrielles sont directes. Dassault Aviation estime qu’il ne peut assurer sa maîtrise d’oeuvre s’il n’a pas le choix des sous-traitants en Allemagne et Espagne et la possibilité d’en changer en cas d’insatisfaction. Ce choix incomberait en fait aux filiales allemande et espagnole d’Airbus selon le patron du Rafale. Cela serait source d’inefficacité. «Quel est le produit industriel efficace dans le monde dont il n'y a pas un vrai leader désigné ?», feint-il de s’interroger, critiquant au passage le modèle basé du co-leaderhsip. Déjà insatisfait de la gouvernance en 2021, le dirigeant avait émis l'idée d'un plan B pour l'avion de combat du futur.

Par ailleurs, Eric Trappier a tenu à tordre le cou à la rumeur qui avait circulé, évoquant la volonté de la France de vouloir s’accaparer 80% du programme à la demande de Dassault Aviation.  «Nous ne demandons pas 80% du travail. Ce n'est pas du tout la revendication de Dassault Aviation», a clairement affirmé Eric Trappier.

Phase 2 en 2026

Face aux enjeux industriels et militaires ainsi que les sommes concernées par un tel programme, la France, l’Allemagne et l’Espagne ne peuvent se permettre de voir perdurer une telle situation. D’autant plus que le programme doit entrer en début d’année 2026 dans une nouvelle phase plus opérationnelle (phase 2) en vue de réaliser un premier vol d’essai avec un démonstrateur en 2029. Cette phase succède à une phase d’études (dite phase 1B) qui a mobilisé 2000 ingénieurs. Pour cette raison, les Etats ont diligenté un audit sur l’efficacité de la coopération industrielle au sein du programme SCAF qu’ils ont désormais entre leurs mains. Les industriels sont désormais dans l’attente de savoir les conséquences qui en seront tirées.

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