A La Bresse, dans les Vosges, le spécialiste des menuiseries pour le bâtiment Pando ne fait pas dans la demi-mesure. À compter de septembre 2025, la totalité des fenêtres en PVC fabriquées par le groupe intégreront du PVC recyclé, un polymère régénéré pouvant représenter jusqu’à 76% de leur composition. Cette bascule va permettre à l'ETI de 750 salariés (chiffre d’affaires consolidé de 185 millions d’euros en 2024) de réduire d’un tiers ses émissions de CO2 tout en maîtrisant le prix de sa matière première.
L’entreprise qui commercialise ses produits uniquement auprès des professionnels (artisans, bailleurs-sociaux, etc.) annonce par la voix de son président, Laurent Demasles, que ce virage «se fera sans hausse de prix». Rappelant que sa société s’est vu répercuter «des hausses des cours du PVC allant jusqu’à +80% dans les années 2022 et 2023» le dirigeant calcule que «grâce à la boucle d’économie circulaire mise en place, [son entreprise] maîtrise une partie de ce prix». Les 100000 menuiseries en PVC déposées chaque année par Pando sur ses chantiers de réhabilitation vont en effet être recyclées en vue de produire 200000 menuiseries neuves par an.
Au total, l’ensemble des partenaires du projet aura dépensé 10 millions d’euros pour qu’il voie le jour. Tout d’abord, la filiale Pando recyclage a expérimenté le procédé à La Bresse sur 10000 anciennes menuiseries usagées grâce à un investissement d’un million d’euros. Des partenaires d’insertion ont ensuite injecté un million d’euros au total dans l’aménagement de huit ateliers de démontage des fenêtres usagées répartis sur toute la France. De son côté, le spécialiste de la chimie des plastiques Benvic a mobilisé 2 millions sur son site de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or) en vue de régénérer le PVC broyé en granules prêtes à être injectées. Enfin, la fabrication de profilés à partir de cette matière recyclée a suscité un investissement de 6 millions d’euros de la part du plasturgiste Rehau sur son site de Morhange (Moselle) où s’approvisionne Pando.
Risques de remontée de matière colorée
En septembre prochain, les fenêtres commercialisées par le groupe vosgien pourront intégrer jusqu’à 76% de PVC recyclé, selon la qualité des granules employés, colorés ou blancs. Bernard Duhamel, directeur de Pando recyclage, précise en effet que «la matière recyclée est injectée dans la partie interne, non visible, des profilés, tandis que la matière vierge est injectée dans la partie externe, visible. Les granules colorés ne peuvent représenter plus de 50% de la composition d’une menuiserie neuve, parce qu’il y a un risque de remontée de matière lorsque l’on soude les profilés entre eux. Avec les granules recyclés blancs, les problématiques de défauts d’aspect sont moindres. Et nous pouvons alors atteindre jusqu’à 76% de PVC recyclé dans une menuiserie».
L'entreprise recycle également les vitrages. Ils sont réutilisés par Saint-Gobain pour la production de produits similaires neufs, Laurent Demasles regrette cependant de n’en tirer «aucune valeur économique, car cette valorisation en calcin nécessite un résidu d’une grande pureté, donc un démantèlement extrêmement rigoureux et par conséquent coûteux». Mais le dirigeant juge que «des pénuries en silice», la matière première du verre, sont à craindre en Europe d'ici à 2050. Il estime par ailleurs que cette option correspond à l’ADN de l’entreprise qui a adopté le statut de «société à mission» et qui a la particularité d’être détenue majoritairement par ses employés. Le dirigeant a en effet fondé le groupe Pando en rachetant Les Zelles en mars 2021 en association avec les salariés via un fonds commun de placement de reprise.



