Dans les Pays de la Loire, la filière des engins de chantier migre vers l’hydrogène

Plusieurs entreprises pionnières des Pays de la Loire se mettent aux systèmes à hydrogène adaptés aux environnements sévères de la construction et des champs.

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Fétis se sert de son démonstrateur evol-E pour tester différentes solutions à hydrogène.

L’engin évoque un rover d’exploration lunaire mais sa vocation est bel et bien terrestre, et même tout-terrain. Baptisé evol-E, cet étrange véhicule a pour vocation de tester de nouvelles briques technologiques dans les conditions sévères des chantiers et des champs. «C’est un laboratoire sur roues reconfigurable», résume Damien Fétis, le président de Fétis, qui a fait naître ce démonstrateur. Le groupe nantais (Loire-Atlantique) de 600 salariés est un acteur historique de l’intégration de moteurs diesel dans les engins off-road (véhicules mobiles non routiers) et le maritime. Mais il a vite compris l’intérêt de s’engager pleinement dans la transition énergétique de la mobilité lourde.

Le démonstrateur evol-E permet, par exemple, de confronter les solutions à hydrogène aux terrains en pente, glissants, poussiéreux et par tous les temps. Dans sa version actuelle, il embarque un système de pile à combustible conçu par le lyonnais Symbio. Quant au réservoir en composite, il a été fabriqué par enroulement filamentaire par le Centre technique des industries mécaniques (Cetim), qui va investir à Nantes pour produire ces cuves thermoplastiques.

Choisir la solution la plus adaptée

En attendant, Fétis accumule les références. Il a conçu la motorisation hydrogène du Traxx Concept H2 d’Exel Industries, un enjambeur viticole autonome. La société cite aussi le Load X, créé pour la société rennaise M Extend : un robot de ferme électrique et autonome destiné à charger les méthaniseurs. Elle a également motorisé le tout premier chariot tout-terrain hydrogène de Manitou, récemment dévoilé. Ce prototype, d’une capacité de levage de 18 mètres et de 4 tonnes, est équipé d’une pile à combustible. Il permettra de valider de nombreux paramètres, dont l’autonomie et la fiabilité dans des conditions réelles, tout en testant la durabilité de ses composants.

Manitou, entreprise de matériels de levage d’Ancenis (Loire-Atlantique), veut commercialiser ses chariots à hydrogène dès 2026. «Nous n’en sommes qu’au démonstrateur, il y a encore beaucoup de travail», tempère Michel Denis, son directeur général, rappelant qu’il a fallu trois ans pour mettre au point les sept modèles électriques de sa gamme. L’entreprise n’a pas non plus tranché entre la combustion interne et la pile à combustible. «Nous choisirons les solutions à hydrogène les plus appropriées aux besoins de nos clients», indique Michel Denis. Une position ouverte que l’on retrouve chez bon nombre d’acteurs de l’off-road. Toute la gamme de Manitou ne sera pas dupliquée en hydrogène. Cette technologie est a priori plus intéressante pour les chariots de forte puissance. Sur le plan industriel, le passage à l’hydrogène n’impliquera pas d’investissements massifs, mais une adaptation et une optimisation de l’outil existant.

Rétrofit et robotisation

Plusieurs acteurs industriels s’intéressent également au rétrofit des véhicules. Le groupe de travaux publics Charier, implanté à Nantes, a fait appel à la start-up vendéenne e-Néo, spécialiste du sujet, pour adapter à l’hydrogène l’un de ses tracteurs, évoluant sur le chantier du port de La Turballe (Loire-Atlantique). L’intention est de tester l’engin et de réfléchir à la conversion d’autres véhicules. Au-delà de la transition énergétique, l’enjeu partagé par les acteurs de l’off-road est la robotisation. «Seulement 10% des récoltes de fruits dans le monde sont mécaniques, alors que l’on constate partout un manque de main-d’œuvre», observe Thierry Le Briquer, le responsable du développement des activités récoltes de CNH Industrial.

Ce groupe vient d’engager un investissement de 22 millions d’euros dans son usine de Coëx (Vendée) pour accompagner le lancement de tracteurs destinés au travail de la vigne. La demande croissante pour des produits sans pesticides nécessite des engins capables d’entretenir champs et vergers de façon mécanique, notamment pour le désherbage. «Nous bénéficions d’avancées sans précédent en matière d’électronique, de caméras, de capteurs et de collecte de données», se réjouit Thierry Le Briquer, qui prédit de nouvelles générations de machines au service d’une agriculture de précision, économe en main-d’œuvre et en eau.

Le nouveau venu Trektor cherche un partenaire industriel

Le tracteur autonome de la société nantaise Sitia est opérationnel. On peut voir le Trektor biner, sarcler, pulvériser chez les maraîchers, dans les vergers et les vignes. Sitia a investi 6 millions d’euros en sept ans dans cet engin hybride diesel et électrique, multicultures et multi-outils. Bardé de capteurs pour le guider et travailler au centimètre près, le tracteur a surtout l’avantage de travailler vingt-quatre heures durant sans s’arrêter, remplaçant sur des tâches fastidieuses une main-d’œuvre qui se fait rare. Sitia en a vendu 15 unités et une trentaine d’autres s’affichent sur son carnet de commandes. «Nous devons changer d’échelle», mentionne Jean-Pierre Le Goff, le fondateur de Sitia, en quête d’un partenaire ou d’un repreneur capable de produire l’engin en série et d’en faire baisser le prix.

 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3720-3721 - Juillet/août 2023

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