C’est parti pour Lhyfe. Fin septembre, cette start-up nantaise démarrait à Bouin (Vendée), la construction de l’une des premières unités françaises de production d’hydrogène "vert" par électrolyse à partir d’une source d’énergie renouvelable. L’usine, qui se branche sur le parc éolien de Bouin, représente un investissement de 6 millions d’euros dans sa première phase. En mai 2021, elle produira 300 kg d’hydrogène par jour, volume certes modeste, mais un triplement est déjà envisagé. Surtout, Matthieu Guesné, le fondateur, envisage de répliquer à travers l’Europe la technologie de Lhyfe permettant d’optimiser l’électrolyse par rapport à l’intermittence du vent. L’entreprise a déjà une quarantaine de dossiers sous le coude. Elle ambitionne aussi d’installer son procédé sur les champs éoliens offshore.
Matthieu Guesné défend âprement l’idée de produire directement un hydrogène vert "pur et dur", par opposition à l’hydrogène "gris", issu des hydrocarbures. Les grands énergéticiens tendent à acquérir des électrolyseurs "sur l’étagère", pour les brancher sur le réseau et dès lors, "l’origine des électrons n’est pas tracée", estime l’ingénieur.
100 millions d’euros d’investissement de la Région
Lhyfe s’inscrit dans un projet de territoire. Le Sydev, syndicat gérant l’énergie des communes de Vendée, a participé à la levée de fonds de 8 millions d’euros conclue par la start-up en début d’année. Les stations que l’organisme installera en Vendée seront d’ailleurs les premières clientes de l’usine de Bouin. Lhyfe est également soutenu par la région Pays de la Loire, qui a programmé un plan d’investissement de 100 millions d’euros dans le déploiement de cette énergie. "Nous voulons profiter du plan de relance pour accélérer le déploiement de l’hydrogène", mentionne Christelle Morançais, la présidente (LR) de la région Pays de la Loire. S’il est sans commune mesure avec les 7,2 milliards d’euros du plan de relance gouvernemental pour l’hydrogène, ce budget peut être un levier pour ancrer cette filière dans la région.

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L’un des projets phares accompagnés par le conseil régional est H2Ouest, lauréat en mars de l’appel à projets de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Ce projet à tiroirs vise à généraliser l’utilisation d’hydrogène vert via des écosystèmes de mobilité. Ce sera donc en Vendée, mais aussi au Mans (Sarthe), où l’agglomération et l’Automobile club de l’Ouest (ACO), organisateur des 24 Heures du Mans, ont inauguré cet été une première station de recharge. Celle-ci distribuera de l’hydrogène produit par Linde en Allemagne, mais la Sarthe compte disposer à terme de sa propre source d’hydrogène vert. Par ailleurs, Le Mans Métropole a planifié 21 millions d’euros d’investissements comprenant l’acquisition de bennes à ordures et d’une dizaine de bus à hydrogène.
La région Pays de la Loire consacrera aussi une partie de son enveloppe à la promotion des usages. La collectivité prévoit notamment une aide à l’achat pour les 500 premiers véhicules à hydrogène, l’expérimentation d’une navette maritime vers l’île d’Yeu, une ligne du réseau de cars et, à plus long terme, une ligne de TER interrégionale. L’ACO a fait tourner, lors des dernières 24 Heures du Mans, un prototype de voiture à hydrogène, baptisé H24, qui préfigure une catégorie à part entière de voitures pour l’édition 2024 de la course d’endurance.
Rétrofit de camions
La filière peut aussi compter sur des PME innovantes. Aux Brouzils (Vendée), la société E-Néo, experte dans l’électrification des véhicules, a dévoilé un premier camion rétrofité pour rouler à l’hydrogène. Côté production, la société sarthoise Qairos progresse sur une technologie de production d’hydrogène à partir de biomasse via un process de gazéification. Un premier démonstrateur technique va être construit prochainement à Loué (Sarthe). Si les perspectives sont plus lointaines, l’IRT Jules Verne et ses partenaires veulent accélérer sur l’avion du futur et sur l’automobile. L’institut nantais (Loire-Atlantique) s’intéresse notamment aux réservoirs d’hydrogène.
Les projets foisonnent aussi à l’échelle des grands industriels de l’estuaire de la Loire, qui ont formé le consortium Hydrogène Loire Vallée (H2LV). Il mobilisera près de 100 millions d’euros d’investissements. H2LV vise la mise en place d’une chaîne de production et de consommation. "Il s’agit de répondre aux usages liés à la mobilité terrestre, maritime et fluviale ainsi qu’à la manutention, résume Laurent Gérault, l’élu régional (UDI) accompagnant ce dossier. L’objectif est d’implanter quatre, voire cinq unités de production d’hydrogène vert." Le projet associe notamment l’industriel nantais Europe Technologies, le motoriste Man Energy Solutions et le groupement de sous-traitants Neopolia, qui mènent un programme de R & D propre à la propulsion navale.
Partenaire d’H2LV, le port de Nantes Saint-Nazaire, dont deux tiers des trafics dépendent des hydrocarbures, voit aussi dans l’hydrogène une diversification logique. "Nous sommes un hub énergétique, nous voulons aussi être un hub hydrogène ", résume Julien Dujardin, son directeur général adjoint, qui évoque le projet d’installation d’une infrastructure de production massive "de plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’hydrogène vert par an." Des contacts préliminaires sont établis. Plusieurs technologies sont envisagées, dont celle de l’électrolyse de l’eau ou celle émergente de la pyrolyse du gaz naturel. Le port dispose d’atouts déterminants pour un tel projet, notamment son infrastructure électrique, le terminal méthanier d’Elengy et la présence du gros consommateur qu’est la raffinerie Total de Donges, utilisant de l’hydrogène pour la désulfuration du pétrole brut.
Une flottille pour produire en mer
Start-up issue de Centrale Nantes, Farwind Energy aimerait lancer dès 2024 son démonstrateur de voilier-hydrolienne. Les promoteurs du projet voient grand. À terme, l’ambition est de créer des flottilles comptant chacune une centaine de catamarans de 100 mètres de longueur, qui produiraient de l’énergie dans les eaux internationales. L’intérêt est de s’affranchir des problématiques d’ancrage et de raccordement à terre. Chaque navire disposerait à son bord d’un électrolyseur qui fabriquerait de l’hydrogène. Il embarquerait aussi une technologie de conversion par catalyse pour produire du méthanol, voire de l’ammoniac, présenté comme l’un des carburants du futur dans la navale. Chaque catamaran, d’une puissance de 2 mégawatts, serait un drone, sans équipage, supervisé par un bateau "chien de garde" tandis qu’un tanker rapatrierait à terre le carburant produit. Il reviendrait chargé de carbone nécessaire à la production du méthanol. Les navires seraient propulsés par quatre rotors Flettner, mais l’électricité viendrait des hydrogénérateurs, sous la coque. Farwind envisage une phase intermédiaire pendant laquelle ses navires chargeraient des batteries afin d’alimenter les territoires insulaires. La start-up compte lever 9 millions d’euros, soit la moitié du coût du premier navire. Le reste devrait venir d’aides et programmes publics de R & D. Pour l’heure, elle développe son "proof of concept" sur un catamaran de 6 mètres.



