Reportage

Dans les Bouches-du-Rhône, Thales se prépare à commercialiser la carte bancaire et le passeport du futur

Sur ses sites de Gémenos et de La Ciotat (Bouches-du-Rhône), Thales fabrique plusieurs centaines de millions de cartes bancaires et se prépare à un marché de plus en plus numérisé. Alors qu'un passeport dématérialisé doit voir le jour en 2026 en Europe, le groupe électronique français commercialise déjà des solutions d'identité comparables aux Etats-Unis et en Australie.

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Cartes a puce Thales
Une solution d'identité numérique digitale sécurisée par Thales.

Comme les australiens du Queensland et ceux plusieurs états américains, les Français pourraient bientôt se contenter de tendre leur smartphone pour justifier de leur identité. Ce «passeport électronique», qui doit voir le jour d'ici à 2026 selon un règlement européen, Thales est prêt à le diffuser largement. Les cartes à puces du spécialiste de la sécurité, qui produit dans leur berceau historique à Gémenos (Bouches-de-Rhône), permettent déjà d’intégrer son permis de conduire sur son téléphone. Pour le futur passeport, «la carte à puce du téléphone contiendra un élément intégré de vérification d’identité, une clé secrète, détaille David Jencel, le chef produit documents numériques de Thales. Pour les téléphones plus anciens, nous avons développé une solution 100% logicielle, que nous faisons régulièrement tester par des hackers éthiques.»

50 ans après l'invention de la carte à puce par le Français Roland Moreno, ce passeport biométrique est l’une des dernières innovations proposées par la multinationale hexagonale. Les sites de Thales de La Ciotat (Bouches-du-Rhône) et de Gémenos, qui comptent aujourd’hui près de 1000 salariés, ont d’abord été ceux de Gemplus, un spécialiste de la fabrication des cartes à puce destinées aux télécoms et aux paiements bancaires. En 2006, cette spin-off de STMicroelectronics a alors fusionné avec le néerlandais Axalto, donnant ainsi naissance à Gemalto, racheté en 2019 par Thales

Une carte bancaire sur trois 

Dans l’atelier d’assemblage de Gémenos, quelque 20 millions de cartes sont produites chaque mois, dont 90% à destination du secteur bancaire. La première étape consiste à coller la puce sur une bobine de film métallisé, semblable aux anciennes bobines de cinéma. Une deuxième machine soude ces deux éléments grâce à un fil d’or pur de 20 microns, permettant la connexion électrique. Enrobé dans une résine et polymérisé, le produit est ensuite protégé dans un coffre. Une fois les derniers tests effectués, la puce est assemblée sur une carte, personnalisée au nom du client avant de lui être expédiée dans la journée. Au total, Thales fournit une carte bancaire sur trois en France, depuis ses sites de Tours (Indre-et-Loire) et de Gémenos.

Au sein du laboratoire d’innovation et de fabrication de l’identité numérique et de la sécurité, le directeur David Byrne présente les modèles de cartes bancaires proposés par le groupe. Car si le paiement par carte à partir d’un téléphone mobile progresse fortement (+137% en 2022, avec près de 6% des paiements par carte de proximité, selon la Banque de France), quelque 77 millions de cartes physiques circulaient toujours en France en 2023, selon le réseau de cartes bancaires français CB.

Mais elles se renouvellent : en métal, avec une lumière LED qui clignote lorsque l’on effectue un paiement, ou encore dotées d’un capteur biométrique pour valider un paiement grâce à une empreinte digitale… Dernière-née, la «carte parlante», développée par Thales avec la fintech Handsome, doit prévenir les fraudes bancaires envers les personnes malvoyantes. «Nous avons créé un canal de communication Bluetooth entre la carte et une application du téléphone de l’utilisateur. Cela permet à ce dernier d’entendre via le haut-parleur de son smartphone le montant de la transaction avant de le valider», précise Frédéric Martinez, le responsable marketing des solutions télécoms et sécurité du groupe. L’industriel produit 25% de ses cartes à partir de plastique recyclé.

Dématérialisation progressive

Mais face à la digitalisation croissante, la carte à puce est amenée à évoluer vers un environnement immatériel, à l’image de l’eSIM, intégrée dans certains téléphones, et de l’application de paiement Apple Pay. «Aujourd'hui, un client qui achète le dernier iPhone aux États-Unis sans carte SIM peut télécharger une clé secrète qui lui permet de s’identifier en quelques minutes auprès d’un opérateur télécoms», explique Bernard Noël, le responsable du site de La Ciotat, où travaillent 700 personnes de 30 nationalités différentes. Les ingénieurs y ont notamment développé le système de reconnaissance d’image du dispositif anti-drone Parade, utilisé par l’armée durant les jeux Olympiques de Paris, et travaillé sur la sécurisation des communications entre les avions et la tour de contrôle.

Demain, «les puces sécurisées pourraient être les garantes d’une intelligence artificielle de confiance en protégeant l’intégrité des données et des modèles d’IA embarqués dans nos téléphones», assure Ali Zeamari, le responsable innovation de Thales Digital Identity and Security. Des ambitions portées par la dizaine d’acquisitions d’entreprises dans le domaine de la cybersécurité réalisées depuis 2014 par Thales, qui compte aujourd’hui 6000 experts dans ce domaine.

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