En juin dernier, Thales, qui emploie 40000 personnes en France, ressortait dans un classement comme le champion de la souveraineté économique parmi les groupes du CAC 40. Dans cette étude, la contribution à la vitalité économique des territoires était prise en compte, notamment à travers la création d’emplois en France. Sur ce point, le groupe d’électronique pour l’aéronautique, la défense et le spatial pourrait perdre de son lustre.
Dans un communiqué daté du 22 août dernier, la CFDT du groupe dénonce «une intensification de l’externalisation des activités en Inde et en Roumanie au détriment des activités industrielles et de l’emploi en France et au Royaume-Uni», et évoque un «gel des recrutements» d’ingénieurs dans ces deux derniers pays.
Philippe Knoche à la manœuvre
Dans le courant de l’été, le syndicat a pris connaissance d’une note de la direction du groupe datée du 10 juillet et signée par le directeur général opérations et performance, Philippe Knoche. Celle-ci fait état d’un gel des recrutements dans l’ingénierie en vue «d’accélérer la croissance des effectifs en Inde, en Roumanie et dans l’ECC France», selon le communiqué de la CFDT. L’ECC France, pour Engineering competence center France, est un centre d’ingénierie commun de Thales qui vise à mutualiser les compétences en ingénierie. Le but est de répondre aux demandes des différentes entités du groupe dans des domaines variés comme l’aéronautique, l’espace, l’identité ou la défense.
«Au printemps, on nous avait parlé d’une forme de priorisation vis-à-vis des personnes en provenance de l’activité spatial en difficulté, en cours de redéploiement. Il fallait d’abord regarder si un profil était disponible du côté de Thales Alenia Space avant de se tourner vers le recrutement externe, avec un objectif de préservation de l'emploi», raconte Anthony Perrocheau, le coordinateur de la CFDT Thales, auprès de L’Usine Nouvelle.

- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
En mars dernier, Thales avait annoncé la suppression d’environ 1000 postes en France sur 2024 et 2025 dans ses activités spatiales, en mentionnant un redéploiement de ses salariés à l’intérieur du groupe, dans ses centres d’ingénierie communs. Pour le moment, 150 ingénieurs de Thales Alenia Space, la coentreprise entre Thales et Leonardo, ont été redéployés.
Pas de durée fixée pour le gel des recrutements
Ce changement de ton au cours de l'été a plongé les syndicats du groupe dans l’incompréhension. Pour Marc Cruciani, coordinateur groupe de la CFE-CGC chez Thales, le gel des recrutements s’apparente davantage à un «message envoyé par la direction du groupe» à ses entités pour «alimenter en projets le centre de compétence en ingénierie afin que les salariés en provenance du spatial aient de l’activité». «Mais que viennent faire dans cette note les centres de compétence en ingénierieInde et Roumanie ? Cela nous inquiète et nous allons demander des explications à notre direction, poursuit le syndicaliste. La globalisation de tous les sujets dans ce document rend les choses beaucoup moins claires.»
«La note ne fixe aucun objectif précis d'effectif, ni de durée pour ce gel», déplore Anthony Perrocheau qui considère qu’une menace plane sur le volume d’emplois en France à cause de cette «recherche de main d’œuvre à bas coût». «Cette décision fait courir un risque sur certains projets déjà en difficulté à cause d’un manque de compétences, ajoute-t-il. C’est aussi un changement complet concernant le dialogue social chez Thales. Jusqu’ici, la direction nous parlait en amont de ce type de décision. Cette fois-ci, nous nous demandons si on a voulu nous cacher cette information.» Anthony Perrocheau dénonce également une décision au bénéfice de l’Inde, un pays de plus en plus lié à la Russie malgré la guerre en Ukraine.
L'Inde et la Roumanie sont des "viviers de talents" pour Thales
Du côté de Thales, on assure que des recrutements ont toujours lieu dans certaines spécialités en France, tout en assumant de poursuivre les embauches en Inde et en Roumanie pour s’assurer une capacité d’ingénierie à l’international. «Ces pays sont des viviers de talents qui viennent enrichir les compétences du groupe en particulier en développement logiciel», indique Thales. Des viviers d’autant plus intéressants que le manque d’ingénieurs se ferait ressentir en France. Ses clients pousseraient aussi le groupe à recourir aux marchés de l'emploi locaux.
Cette stratégie de recrutement est aussi présentée comme nécessaire pour soutenir le développement du groupe à l’étranger, où Thales réalise 80% de son chiffre d’affaires. Selon le média l’Informé, qui a pu consulter la note du 10 juillet, Philippe Knoche est pour le moment insatisfait du rythme de croissance des centres en Inde et en Roumanie. À Bangalore, en Inde, Thales travaille sur la gestion du trafic aérien, les systèmes complexes pour les avions, les logiciels appliqués aux radars et les solutions d’identité numérique. En Roumanie, l’entreprise se concentre sur les logiciels.
Le groupe affirme par ailleurs qu’il va recruter plus de 2000 ingénieurs au total cette année dans l’Hexagone. «C’est très peu», conclut Anthony Perrocheau. En début d'année, le groupe prévoyait 7000 recrutements en France en 2024 et 2025.



