Dans les Alpes, le biogaz se met à la mode du circuit-court. La preuve avec l’inauguration d'un méthaniseur agricole le 14 mars à Pressins (Isère). Porté par quatre exploitations, le projet va permettre de «doubler le revenu» des agriculteurs, mais aussi de faire sensiblement évoluer leurs pratiques agronomiques. Sébastien Pegoud, l’un des agriculteurs, annonce aussi qu’il devrait «pouvoir se passer de fertilisation chimique à l’avenir» et donc améliorer sensiblement son bilan carbone.
Les quatre exploitants sont installés sur une surface totale de 600 hectares. Ils disposent de 250 vaches laitières, qui peuvent paitre sur un quart des exploitations, couvertes par des prairies, le reste de la surface étant dédié à la culture de céréales. Depuis début février 2024, ils injectent du gaz dans le réseau à un tarif garanti sur 15 ans de 150€ le MWh. Leur chiffre d’affaire prévisionnel ? 1,4 million d’euros annuel.
Un méthaniseur 100% local
Pour réaliser l'ouvrage, il aura fallu mettre 5,6 millions d’euros sur la table, dont un million d’euro de subventions publiques. Passé ce délai de quinze ans qui permettra d’amortir les équipements, les équipes de GRDF précisent que le MWh devrait atterrir autour de 75€ - soit trois fois les prix actuels du gaz naturel. Particularité, le projet se revendique «100% made in Alpes» : seules des entreprises locales, dans un rayon de «30 kilomètres» autour du site, ont participé à la réalisation du projet. L'entreprise Methalac notamment était à l'oeuvre.
L’approvisionnement du méthaniseur est pour l’instant exclusivement assuré par les quatre exploitations : en cette période de lancement, les exploitants nous confient l’alimenter à moitié avec des effluents des élevages et des Cives, les fameuses cultures intermédiaires (seigle, sorgho, triticale en l'occurrence). A l’avenir, un partenariat pourrait être noué avec l'industriel Pasquier, dont qui dispose d’une usine de pâtisserie du côté de Charancieu, commune située à quelques encablures du site, pour valoriser des déchets à plus haut potentiel méthanisable.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
10 000 euros d'économies par exploitation pour la fertilisation
Outre le complément de revenu lié à la vente du biogaz, l’implantation du méthaniseur permet de faire évoluer les pratiques des exploitants : le sol des parcelles est désormais couvert toute à l’année grâce aux Cives, ce qui devrait permettre à moyen terme de faire baisser les consommations d’herbicides, en plus de limiter l’érosion des sols et le lessivage de l’azote.
Les 10 500 tonnes de digestat devraient permettre aux exploitants de se passer de fertilisation chimique à l’avenir : le passage des intrants dans le digesteur permet de minéraliser l'azote et donc sa meilleure assimilation par les plantes lors de la restitution du digestat au sol. Une économie d’environ «10 000 euros» chaque année par exploitation, dixit Sébastien Pegoud, avec toutefois un préalable : l’investissement dans un nouvel épandeur, pour la rondelette somme de 150 à 200 000 euros, histoire de bien épandre le digestat.
Une Aide au changement de pratiques dans la région
GRDF a déjà déployé 39 méthaniseurs agricoles dans la région Auvergne-Rhône Alpes. «Ces projets permettent généralement de réduire entre 30 et 60% la fertilisation chimique dans les exploitations», indique Guilhem Armanet, le directeur local du gestionnaire du réseau. Un cycle vertueux. D’après lui, le potentiel de méthanisation dans la région est de 4 TWh/an, alors que seuls 0,6 seraient exploités à ce jour.



