«Ces Jeux olympiques sont une démonstration du savoir-faire industriel français». En levant les yeux sur l’immense dôme à l’entrée du village olympique, où bientôt près de 15000 athlètes, accompagnants, professionnels se croiseront pour se rendre sur les différents lieux d’épreuves, Frank Chauveau, directeur du développement EDF pour l’Ile-de-France, est toujours subjugué.
Chargé de l’installation d’innovations électriques développées notamment par l’énergéticien français, il précise que le village des athlètes, écoquartier s’étendant sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine et l’Île-Saint-Denis, répond à l’un des défis majeurs imposés par Paris 2024 : réduire l’impact carbone de 50% par rapport aux jeux de Londres de 2012. Quatre démonstrateurs électriques innovants ont été installés sur le site de 52 hectares (70 terrains de football) et devraient être opérationnels au début du mois de juillet. Ils serviront à répondre à la demande supplémentaire d’énergie durant cette période avant d’être en partie démontés.
Hugo AYMAR/HAYTHAM-REA D'une surface de 800 m², la peau solaire pourra alimenter l'équivalent de 104 logements.
Même si le dôme métallique situé à Saint-Denis en impose, c’est bien ce qui se trouve au-dessus qui attire le regard du responsable. «Nous avons posé une peau solaire de 1,3 millimètre d’épaisseur sur la structurefournissant l’énergie nécessaire à la zone de sécurité situé à l’entrée des arrivants», précise Frank Chauveau. Ces «panneaux souples innovants branchés en série» affichent une puissance de 88 kilowatts (kW) crête pour alimenter les portiques, ordinateurs et imprimantes pour les badges. D’après le directeur du projet, cela correspond à la consommation électrique de 104 logements pendant les Jeux (les repas étant préparés dans l’immense restaurant du site, les logements ne sont pas équipés de cuisine et consomment théoriquement moins).

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Cette technologie a un rendement inférieur aux panneaux actuels, mais Frank Chauveau détaille ses autres avantages : «la toile prend deux à trois jours à être montée et démontée, se roule comme de la moquette et peut être divisée en fonction des besoins». Le responsable explique que ce type d’innovation pourrait être déployé sur d’autres types d’événements – concert, festival ou foire par exemple.
Une centrale photovoltaïque flottante
Le village se poursuit sur la commune limitrophe de L’Île-Saint-Denis, accessible par une passerelle qui enjambe la Seine. L’un des deux bras entourant l'île se retrouve interdit à la navigation durant le déroulé des Jeux olympiques. Une aubaine pour les équipes d’EDF et ses partenaires industriels, qui ont créé une ferme photovoltaïque provisoire sur le fleuve pour optimiser l’espace.
Amarrée à des pontons, une surface flottante accueille un conteneur blanc de petite taille. Une fois ouvert, un chariot est venu déplier 400 m² de panneaux solaires raccordés à des onduleurs et des disjoncteurs contenus dans la boîte métallique. «Cette structure flottante a une puissance de 78 kilowatts crête (consommation de 90 logements), souligne Frank Chauveau, elle va servir à alimenter le village Plaza, un lieu de rencontre avec notamment un petit magasin à alimenter».
Hugo AYMAR/HAYTHAM-REA L'ensemble des panneaux solaires, un chariot, les câbles, les onduleurs et les disjoncteurs arrivent à tenir dans le petit conteneur blanc.
Retour sur la partie principale du site. En longeant l’immense restaurant olympique, qui devra nourrir 15000 personnes chaque jour, une intersection se présente au cœur des immeubles d’habitation, jonction entre les communes de Saint-Denis et Saint-Ouen. Là se dresse le bureau de gestion du village, un bâtiment conçu dans le but d’éviter les pics de consommation électrique. Il économise ainsi 16% d’énergie par rapport à un immeuble de conception plus classique.
Un parterre de panneaux solaires sur le toit produit l’équivalent de 130 kilowatts crête (consommation de 150 logements), une batterie statique assure le stockage et sept bornes de recharge bidirectionnelle complètent les besoins en électricité. En cas de besoins, les bornes peuvent puiser dans la charge des batteries des véhicules connectées. «Si on en avait une quinzaine de plus, le bâtiment pourrait même se passer de la batterie statique», estime le responsable d'EDF. Pour connaître la quantité exacte d’énergie nécessaire, un algorithme calcule en temps réel les besoins et anticipe aussi ceux futurs.
3000 véhicules mis en circulation
Aux alentours du bureau de gestion s’étend la majeure partie des lieux d'habitation. Sur l'ensemble du village, 2500 logements ont été construits en un temps record. «Sur ce type d’opération, cela prend en général quinze ans à tout réaliser, assure le responsable d’EDF. Les entreprises y sont parvenu en trois fois moins de temps.» Dans ce foisonnement d’immeubles colorés, la résidence française se reconnaît de loin avec ces drapeaux tricolores installés sur les garde-corps des balcons. Une quinzaine de ces bâtiments sont équipés de panneaux solaires sur les toits, servant à couvrir en moyenne 20% des besoins du quartier en électricité.
Hugo AYMAR/HAYTHAM-REA Près de 800 bornes de recharge provisoires ont été installées à trois endroits stratégiques de Paris et sa périphérie.
Dernière halte. A la sortie du village se dresse un parc automobile rempli de véhicules flambant neuf floqués aux couleurs des Jeux olympiques de Paris. Ici, 200 bornes provisoires ont été installées pour recharger près de 1200 véhicules électriques – sur les 3000 mis en circulation lors de l’événement. Cette technologie innovante a aussi été installée dans deux autres lieux à proximité de la capitale, l’un au Bourget et l’autre sur l'hippodrome d'Auteuil. En tout, 800 bornes de recharge équipent les trois sites avec des personnes dépêchées en permanence sur place pour organiser le roulement des véhicules.
Une fois les Jeux terminés, ces dispositifs ne seront pas gâchés. «EDF électrifie sa flotte et installe 2000 nouvelles bornes chaque année sur ses sites», détaille le responsable. La peau solaire, la centrale photovoltaïque flottante et les bornes provisoires seront retirées à l’issue des Jeux olympiques 2024. Les innovations du bâtiment de gestion du village, elles, resteront. Il sera alors l'heure pour les athlètes de laisser la place aux résidents permanents pour qu'ils profitent de leur héritage.



