Dans le Finistère, la start-up SeaBeLife analyse le vivant pour découvrir de nouveaux médicaments

La start-up SeaBeLife, basée à Roscoff (Finistère), doit débuter courant 2025 des essais cliniques pour un gel ophtalmique permettant de bloquer une maladie de la rétine menant à la perte de la vision. Ce médicament est développé à partir de la molécule d’un extrait de bourgeons de peuplier noir.

Réservé aux abonnés
SeaBeLife biotech start-up
La start-up hébergée à la Station biologique de Roscoff (Finistère) espère débuter deux essais cliniques sur l'Homme courant 2025.

L’analyse du vivant peut aider à la découverte de médicaments. SeaBeLife a annoncé fin janvier avancer dans la recherche d’un traitement contre la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) sèche, une maladie de la rétine qui peut mener à la perte de la vision centrale. Fondée en 2019, la start-up est le résultat de plus de 10 ans de recherches menées au sein de la Station biologique de Roscoff (Finistère).

Toujours incubée dans cette station, SeaBeLife travaille à la mise au point de son gel ophtalmique dont la molécule est issue d’un extrait de bourgeons de peuplier noir. Une piste d’autant plus prometteuse qu’il n’existe pas de traitement commercialisé en Europe contre la DLMA sèche. Aux États-Unis, le traitement proposé prend la forme d’injections intra-vitréennes, soient des piqures réalisées dans l’œil.

Tester de nombreuses molécules

«Dans certaines maladies, les cellules se programment pour mourir alors qu’elles ne devraient pas, on parle alors de nécrose régulée, et cela entraîne des dommages tissulaires jusqu’à la destruction de certains organes parfois,explique la fondatrice Morgane Rousselot. La cascade de signaux menant à cette mort cellulaire est parfois connue. SeaBeLife cherche donc à bloquer certaines de ces étapes avec une molécule.» La start-up se concentre plus spécifiquement sur les kinases. Ces enzymes jouent un rôle important dans le cycle de vie des cellules : «si l'on parvient à inhiber l’activité d'une kinase en particulier, la cellule peut cesser de mourir», glisse Morgane Rousselot.

«Notre savoir-faire repose sur le développement d’une plateforme technologique comprenant une succession de tests et d’études», résume la fondatrice. À commencer par une plateforme de criblage spécialisée dans les kinases. La biotech a criblé deux bibliothèques de molécules archivées par des chercheurs. Celle de la Station biologique de Roscoff et celle de l’université Claude Bernard à Lyon : la première contient des inhibiteurs de kinase d’origine marine, zoologique et phycologique et la seconde des molécules d’origine terrestre.

Ici le criblage consiste à tester les molécules sur des modèles cellulaires de nécrose régulée mis au point par SeaBeLife. «Nous activons la mort cellulaire et nous observons si la molécule est capable de l'arrêter», détaille Morgane Rousselot. Cette étape permet de sélectionner les molécules d’intérêt thérapeutique, c’est-à-dire bloquant des formes de mort cellulaire. Les scientifiques regardent alors si la molécule interagit avec la kinase, évaluent sa toxicité et l’optimisent. Si ces analyses sont concluantes, il faut ensuite trouver comment formuler le produit et le tester sur de petits animaux.

La synthèse des molécules d'intérêt

SeaBeLife a repéré deux molécules d’intérêt thérapeutique. L’une est destinée à aider dans les cas d’hépatite aiguë : la molécule est administrée sous la forme d’une solution intraveineuse perfusée au patient en réanimation pour éviter que ses organes soient affectés. L’autre vise à protéger la rétine contre la DMLA sèche : la molécule est formulée en gel ophtalmique que le patient s’administre lui-même. «Sur ces deux programmes nous sommes à quelques mois du démarrage les essais cliniques sur l’Homme», précise Morgane Rousselot.

Il est important de préciser que SeaBeLife réalise la synthèse des molécules, c’est-à-dire qu’elle les produit à partir de réactions chimiques. Cela évite d’appauvrir les fonds marins ou la nature en les y prélevant. «La maîtrise du procédé est un atout du point de vue réglementaire», ajoute Morgane Rousselot. En parallèle, la start-up continue de chercher des molécules d’intérêt. Elle a noué un partenariat avec l’Ifremer, un institut de recherche français dédié à la connaissance de l’océan, pour cribler les échantillons collectés par l’institut dans la mer afin de chercher des inhibiteurs de nécrose régulée. Les fonds marins recèlent encore de nombreuses ressources méconnues.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.