A Stenay, dans le nord de la Meuse, la papeterie Stenpa traverse une nouvelle zone de turbulence. Le 5 juillet dernier, l’entreprise spécialisée dans la production de papiers spéciaux couchés pour l’agroalimentaire a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Bar-le-Duc (Meuse) à la demande de son actionnaire, le fond allemand Accursia capital. Cette procédure collective intervient neuf mois à peine après le rachat du site industriel de 124 salariés à son ancien propriétaire finlandais Ahlstrom, un groupe de 7000 personnes (chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros). Cette opération s’inscrivait dans le cadre de la loi Florange de 2014 qui contraint les sociétés de plus de 1000 salariés souhaitant fermer un site industriel en France à rechercher d'abord un repreneur.
Le directeur de Stenpa, Matej Kurent, considère que la papeterie meusienne est «victime» à la fois d’Ahlstrom «qui s’est désengagé de la papeterie ces dernières années» et d’Accursia capital «qui n’a pas mis les moyens nécessaires pour soutenir la trésorerie de l’entreprise». Par ailleurs, le manager de transition juge que l’esprit de la loi Florange, celui «d’assurer la pérennité du site», n’a pas été respecté : Il pointe «un carnet de commande vide» au moment de la reprise par le fond allemand et regrette que l’usine meusienne se soit retrouvée en concurrence directe avec des sites Ahlstrom chez certains clients».
Le CSE explique avoir alerté à plusieurs reprises la direction et Accursia sur «le manque criant de trésorerie et d’investissements» ces six derniers mois. En l’absence de réponse, ses représentants se sont déplacés en juin dernier au siège du fonds à Munich (Allemagne) sans davantage de succès. Pour Alain Magisson, secrétaire CGT du CSE, le placement en redressement judiciaire constitue «un nouveau drame pour cette usine quasi centenaire. Nous avons l’impression d’être trahis deux fois: Par Ahlstrom, qui n’a pourtant plus de lien direct avec l’usine, et par Accursia capital, qui nous a promis de relever la tête. Nous allons nous battre, coûte que coûte».
Un site calibré pour un repreneur
Une lumière demeure. Matej Kurent estime en effet que la papeterie Stenpa est désormais en meilleure posture pour trouver un repreneur fiable qu’à l’annonce par Ahlstrom de son projet de cession, en mars 2023. «En quelques mois, nous avons créé une société indépendante en mettant en place les fonctions supports qui étaient jusqu’alors mutualisées avec trois autres usines françaises du Finlandais.» Le directeur explique, par ailleurs, avoir renforcé l’équipe commerciale, recréé un réseau d’agents, «ce qui nous a permis de regagner la confiance de nos clients et d’avoir un carnet de commande offrant deux mois de visibilité».
En 2022, l’usine avait réalisé un chiffre d’affaires de 86 millions d’euros, mais son niveau d’activité réel tournerait davantage autour de 40 millions d’euros par an, précise le responsable.



