Le 3 juin 2023, plus de 1000 personnes défilaient dans les rues de Courmelles pour s’opposer à l’installation d’une usine de Rockwool dans cette commune de l’Aisne, au nom de la protection de l’environnement et de la santé de ses habitants. Plus d’un an après, un arrêt de la Cour administrative d’appel de Douai leur a donné raison. Le 5 juillet, la justice a levé l’obligation pour la mairie de délivrer un permis de construire au groupe danois.
Le nouvel épisode d’une longue saga
Cette décision de justice est la dernière étape en date d’un conflit qui dure depuis plusieurs années. D’un côté, Rockwool, soutenu par le préfet de l’Aisne et le maire de Soissons. De l’autre, des associations environnementales et des habitants de la région, dont le maire de Courmelles, Arnaud Svrcek. Leur lutte commence véritablement en novembre 2019, lorsque l’agglomération du grand Soissons vend à Rockwool un terrain de 39 hectares. C’est ici que le groupe danois, déjà installé à Saint-Eloy-les-Mines (Auvergne-Rhône-Alpes), aspire à construire une deuxième usine en France. Ce projet suscite vite des résistances : dès 2020, ses opposants se rassemblent au sein de l’association «Stop Rockwool», considérant que la nouvelle usine nuirait à l’environnement et à la santé des riverains. En mars 2021, la commune de Courmelles refuse d’accorder à Rockwool un permis de construire pour son usine.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, sans compter le soutien témoigné par le préfet de l’Aisne au groupe danois. Le 31 mars 2021, ce dernier a signé un arrêté l’autorisant à installer sur le Plateau de Soissons une usine de laine minérale. Une décision confirmée en décembre 2022 par le tribunal administratif d’Amiens qui contraint Courmelles à accorder un permis de construire au fabricant de laine de roche. La commune applique sa décision le 20 avril 2023, tout en faisant appel de ce jugement. L’audience est fixée le 20 juin 2024, et quinze jours plus tard la Cour administrative d’appel de Douai se prononce faveur des opposants au projet de Rockwool. Par un arrêté, elle annule le jugement de décembre 2022 qui obligeait Courmelles à accorder à l’entreprise danoise un permis de construire.
L’écologie : une cause défendue par les deux partis
Pourquoi une telle opposition s’est-elle dressée contre le projet d’usine de Rockwool ? Celui-ci vante pourtant ses qualités écologiques, arguant notamment que l’efficacité isolante et la résistance au feu de la laine de roche la rendent propre à répondre à la demande croissante d'isolants pour améliorer les performances énergétiques des bâtiments. Rockwool met aussi d'autres mesures en avant, comme la végétalisation d'une partie de son futur site.

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Mais ces arguments écologiques ne satisfont pas les opposants au projet. Ils lui reprochent en effet de rejeter plus de 800 tonnes par an d’ammoniac, d’oxydes de soufre, de formaldéhydes et d’autres polluants atmosphériques. Des substances dont la nocivité inquiète les professionnels de santé de la région : plus de 200 d’entre eux ont signé des manifestes contre l’installation de Rockwool à Soissons, selon une synthèse publiée en mai 2024 par le collectif «Stop Rockwool». Ce dernier considère également que les 130 emplois que le groupe danois prétend créer dans la région ne sont pas suffisants pour compenser l’atteinte portée à l’environnement par son usine.
Les associations Picardie Nature et Sauvons Soissons se sont donc opposées à l’autorisation environnementale du projet d’usine de Rockwool dans l'Aisne. Leurs requêtes ont été rejetées le 6 juin 2024 par le Tribunal administratif d'Amiens, mais un nouveau coup de théâtre advient un mois plus tard : le 5 juillet, la Cour administrative d’appel de Douai annule le permis de construire que la commune de Cormelles avait accordé à Rockwool. Malgré cela, le groupe danois ne renonce pas à sa nouvelle usine : «nous sommes déterminés à poursuivre ce projet à la pointe de la technologie, aligné avec la stratégie française de rénovation énergétique des bâtiments, tout en créant 130 emplois directs dans la région», déclare l’entreprise.



