Bruno Ribo, directeur d’ArcelorMittal Méditerranée qui réunit les deux usines de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Saint-Chély d’Apcher (Lozère), a stoppé depuis le 23 mars 2020 un haut-fourneau, un convertisseur et une coulée continue. Mais il prépare, avec ses équipes, le site à la perspective dans le courant du mois de mai de l’arrêt de l’autre haut-fourneau, en maintenant néanmoins en chauffe à plus de 900° les fours de la cokerie, "si la situation l’impose" dit-il.
"Notre site de Fos exporte 90 % de sa production et l'Italie et l'Espagne représentent les deux-tiers de nos expéditions. Ces marchés sont à l’arrêt, la Turquie et le Maghreb suivent la même trajectoire. Nous nous heurtons à un vrai manque de visibilité. Cette opération de mise en sécurité temporaire prend plusieurs semaines. Ce ne sera en aucun cas un arrêt définitif du site mais un moyen de repartir le plus vite possible quand les conditions de marché seront à nouveau réunies", assure Bruno Ribo. Actuellement, les installations tournent avec 30 % de personnels salariés et cotraitants sur place, 25 % de l’effectif (2 600 salariés) ont été placés en chômage partiel. "Nous avons trois priorités : l’application rigoureuse des mesures de protection du personnel, la sécurité et la pérennité des installations et la préservation de notre trésorerie en bloquant tous les investissements qui ne sont pas indispensables à court terme, au moins pendant cette période. Nous tablons en effet sur un impact de cette crise sur deux trimestres, au moins, et jusqu’à six ou huit trimestres", précise le directeur d’ArcelorMittal Méditerranée.
ArcelorMittal Méditerranée, compte tenu de la particularité de la destination de ses productions, doit anticiper la fin du confinement et la manière de le gérer selon des rythmes différents selon les pays. Or, pour redémarrer au minimum un haut-fourneau, il lui faudra pouvoir compter sur une demande d’au moins 50 % des 900 000 tonnes à fournir chaque trimestre à pleine capacité. "Les politiques publiques au niveau européen joueront un rôle-clé pour faciliter la reprise", insiste le directeur, évoquant une nécessaire réduction des importations (Eurofer, organisation professionnelle du secteur, préconise une diminution de 75 %), un ajustement des quotas, un appui à la relance de la demande et, sur Fos, des aides à la poursuite des projets de transition écologique annoncés avant la crise.
Elengy prépare la prochaine décennie
Sur ses deux terminaux de Fos-sur-Mer, Fos Tonkin et Fos Cavaou, Elengy n’enregistre pas de baisse d’activité mais il a réduit la présence de ses personnels aux stricts besoins de conduite, d’hygiène-sécurité et de maintenance, en réadaptant son organisation en 2x12 au lieu de 3x8 et en limitant les interactions entre les équipes. "Les maintenances, travaux et projets en cours mais non nécessaires pendant cette période ont été suspendu", précise Mathieu Stortz, directeur des terminaux méthaniers de Fos. Malgré la pandémie, le 8 avril 2020, Fosmax LNG, filiale d’Elengy propriétaire du terminal de Fos Cavaou, a lancé un appel à souscriptions des capacités de son équipement. Cette opération commerciale est présentée comme "une opportunité unique d’avoir accès à une capacité de regazéification d’un peu plus d’un milliard de mètres cubes par an, de janvier 2021 à mars 2030. La capacité totale du terminal méthanier sera alors portée à 8,5 Gm3 ou 100 TWh/an".
Pour Giuseppe Spotti, directeur de la stratégie, du développement et de la commercialisation d’Elengy, "c’était le bon moment pour le faire. C’est un pari, mais nous pensons que la pandémie n’a pas d’impact sur ces opérations commerciales auxquelles nous travaillions depuis plusieurs mois. Nous espérons que les clients y participeront pour prendre position sur les terminaux français". En 2019, les deux terminaux ont enregistré 120 escales et chargé 6 359 camions-citernes. L’émission de gaz naturel sur le réseau a augmenté de 15 % par rapport à 2018 pour s’établir à 75,5 TWh.



