Analyse

Crédits, ventes… Branle-bas de combat chez les constructeurs auto pour éviter les amendes sur le CO2

Quand certains groupes automobiles croient en leur capacité à atteindre les objectifs de CO2 grâce à leurs ventes, d’autres achètent des crédits pour tenter d’éviter des amendes salées.

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Volkswagen ID.3 usine Zwickau
Le groupe Volkswagen a décidé de faire alliance avec SAIC et sa marque MG pour éviter les amendes fixées par Bruxelles en cas de non-respect des seuils de CO2. Le retard de la voiture électrique ID.3 n'est pas étranger à cette décision.

Il n’y a pas que le Covid-19 qui pourrait amputer les finances des constructeurs automobiles… Les pénalités prévues par Bruxelles en cas de non-respect des limites de CO2 aussi. Depuis le début de l’année, les groupes opérant en Europe ont l’obligation de réduire les émissions de leurs voitures neuves sous un seuil personnalisé autour des 95 grammes de CO2 par kilomètre et véhicule. S’ils échouent, ils pourraient écoper d’amendes grimpant à plusieurs millions, voire milliards d’euros. En 2019, le cabinet Jato Dynamics chiffrait à 34 milliards d’euros le montant total des pénalités auxquelles s’exposaient les fabricants d’automobiles "en l’absence de changement dans les trois prochaines années".

Face à ce mur du CO2, il y a les constructeurs confiants. Interrogée par L’Usine Nouvelle, une porte-parole de PSA répète que "le groupe est toujours en bonne voie pour respecter les limites de CO2 à la fin de l’année". Pour atteindre le seuil qui lui a été assigné, le constructeur français a mis en place de longue date un comité de surveillance et une méthode de calcul lui permettant d’évaluer "le niveau de ses émissions à 0,1 gramme près", comme l’indiquait son dirigeant Carlos Tavares en début d’année. En Allemagne, BMW se veut également confiant. "Nous dépasserons nos objectifs cette année", a ainsi certifié le 22 septembre aux Echos le directeur financier du constructeur bavarois, Nicolas Peter.

Volkswagen achète les crédits de SAIC

Et puis, il y a les autres. Ceux pour qui l’atteinte des limites fixées par Bruxelles semble difficile, voire impossible à atteindre grâce à la seule évolution de leur mix de ventes au profit de modèles électrifiés – à batteries ou hybrides rechargeables. Parmi eux, figure désormais le géant Volkswagen. Le groupe de Wolfsburg a en effet créé la surprise en confirmant il y a quelques jours le rachat de crédits CO2 auprès du groupe chinois SAIC, qui a lancé sa marque MG en Europe. "La réglementation européenne prévoit des ‘open pools’. Plusieurs constructeurs peuvent s’y regrouper pour former un groupement d’émissions", met en avant Volkswagen dans une publication diffusée sur LinkedIn.

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Et de conclure : "Nous utilisons cette option dans le domaine des voitures particulières en collaboration avec notre partenaire de joint-venture chinois SAIC et sa marque MG, active en Europe. Une demande en ce sens a été introduite auprès de l’Union européenne". Une décision inattendue. Jusqu’à présent, seul le groupe Fiat-Chrysler (FCA) avait opté pour cette option du "droit à polluer" en rachetant 1,8 milliard d’euros des crédits à Tesla en 2019. Un choix loin d’être surprenant au regard du retard accumulé par le constructeur italo-américain dans le domaine des véhicules électrifiés. A l’inverse, Volkswagen a engagé 33 milliards d’euros dans l’électrification de ses gammes.

Impact du Covid-19

Pour l’analyste allemand Matthias Schmidt, qui a dévoilé l’entente entre Volkswagen et SAIC, cette initiative de Volkswagen est donc peut-être le signe que "le groupe est en fait en difficulté et a besoin de l’aide d’un tiers, comme FCA avec Tesla, pour passer la ligne d’arrivée et éviter les pénalités". Le spécialiste pointe notamment du doigt la stratégie de l’entreprise sur le CO2. "Daimler et Volkswagen ont toujours prévu d’atteindre leurs objectifs grâce à une poussée au deuxième semestre (…). Cela apparaît désormais comme une stratégie risquée, qui les expose à de fortes amendes en cas de nouveau confinement", précise Matthias Schmidt dans une note publiée la semaine dernière.

L’apport de la marque chinoise pourrait donc apparaître comme une sécurité pour Volkswagen dans cette période d’incertitudes. Au cours des sept premiers mois de l’année, MG Motors aurait immatriculé 5 700 véhicules 100% électriques en Europe, selon les estimations de Matthias Schmidt. Soit un petit dixième de ce qu’aurait vendu Volkswagen sur la même période – 59 000 unités. La preuve que la situation est sans doute moins critique pour le constructeur allemand que pour FCA. D’autant que la Volkswagen ID.3 arrive enfin sur le marché, après plusieurs semaines de retard liées à des problèmes techniques et aux conséquences de la pandémie sur les conditions de travail.

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