L’espoir d’une réouverture le 20 janvier aujourd’hui déchu, les acteurs de la bière sont condamnés à faire le dos rond en attendant la réouverture des cafés, hôtels et, restaurants (CHR). “La bière est le plus souvent consommée dans un cadre social, et nos marchés ont été affectés par des restrictions et des confinements qui ont empêché les consommateurs de s'engager dans des activités sociales”, commente le brasseur danois Carlsberg (dont Kronenbourg est la filiale française) face au recul de 11% de son chiffre d’affaires en 2020. En France, 35% des volumes de bière vendus sont dépendants du réseau CHR, de l’événementiel et du tourisme - trois secteurs très affectés par les restrictions en 2020.
“Aujourd’hui, nous avons des lignes de fûts à l’arrêt dans toutes les entreprises, alors que nous sommes dans la période où nous produisons habituellement. Sans perspectives, on ne peut pas brûler de la trésorerie. Nous avons des produits qui ne se fabriquent pas à la minute. Nous sommes en hiver mais, par rapport au premier confinement, la production mettra du temps à redémarrer. Se rediriger vers le conditionnement en bouteilles est, aussi, compliqué”, alerte Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France, la première organisation professionnelle du secteur (7700 emplois directs au 1er janvier 2020, 4,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 130 000 emplois indirects).
Actuellement, 10% des adhérents de l’organisation ont totalement stoppé leur production. Cette période du début d’année est habituellement préemptée par les brasseurs pour préparer le gros de leurs volumes, écoulés lors de la haute saison du 15 mars au 15 octobre, avec un pic au cœur de l’été. La France compte environ 2000 brasseries. En termes de débouchés, certaines enseignes de la grande distribution ont distribué ponctuellement quelques produits de brasseries de leur bassin d’activité. “Ceux qui ont plus redéployé leur production sur les bouteilles ont bénéficié de plus de flexibilité.”

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Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
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Des investissements à financer
Mêmes inquiétudes du côté du Syndicat national des brasseurs indépendants, dont les 620 adhérents sont plutôt des TPE et des PME. “Si les bars rouvraient au printemps, nous pourrions sauver les meubles, mais nous sommes dans l’incertitude. Les investissements en matériel sont mis en stand-by. Ils vont souffrir aussi, explique son président, Jean-François Drouin qui craint, à plus long terme, "la défaillance de nos clients distributeurs et CHR".
Il regrette la hauteur des seuils retenus pour l’accès au fonds de solidarité : “un brasseur doit avoir perdu 80% de son chiffre d’affaires au premier confinement, et 50% en novembre-décembre. Les critères sont irréalistes. Il vaudrait mieux des aides proportionnelles aux pertes”. La moitié des brasseurs indépendants ont sollicité un prêt garanti par l’Etat. Malgré la fermeture des bars-restaurants, les entreprises du secteur ont pu s’appuyer sur la volonté de nombreux consommateurs de jouer la carte du “made in France” pour leurs cadeaux de fin d’année. L’inquiétude se porte sur les nombreux investissements engagés, consentis pour faire face à la très forte croissance du marché : “des entrepreneurs ont investi dans l’agrandissement de leur capacité de production, mais se retrouvent à devoir rembourser leurs prêts sans nouvelles rentrées d’argent”.
Les grossistes (enfin) entendus
Mi-janvier, le Premier ministre Jean Castex a prêté une oreille aux revendications des acteurs du secteur, en annonçant une salve d’aides aux grossistes en boissons. Ces intermédiaires achètent en gros auprès des industriels pour revendre en petites quantités aux acteurs de la consommation hors-domicile. “Cela amènera de l’oxygène. Nous espérons que les entreprises auront la capacité de tenir. On salue le fait d’avoir enfin été entendus, après des mois où nous travaillions avec les services du ministère. Au déclenchement du deuxième confinement, nos entreprises étaient déjà exsangues, et mettront au moins quatre ans à s’en remettre”, indique Laure Bomy, directrice générale de la Fédération nationale des boissons (1000 entreprises, 15 000 emplois directs).
Dans l’immédiat, les grossistes rappellent qu’un certain nombre de factures émises avant novembre auprès des CHR n’ont toujours pas été payées. Les craintes se concentrent aussi sur les 20% de frais fixes qui s’appliquent aux entreprises (loyers d’entrepôts, camions, frais de personnel résiduels) et l’obligation d’avoir un minimum de personnel présent pour approvisionner les établissements ouverts et tenir à jour les stocks.
Si certaines catégories de produits se prêtent bien à une longue conservation (vin en bouteilles, eaux plates, spiritueux), les produits gazeux et les jus de fruits ont des délais difficiles à allonger. Il en va de même pour la bière. “Dépasser une date n’engage pas une interdiction de consommation, mais inclut des enjeux organoleptiques. Nous avons aussi invité les services de l’Etat à sensibiliser le consommateur final et nos clients. Les coûts de destruction de marchandises sont colossaux. La bière mise en fûts ne peut pas simplement être remise en bouteille. Lors du premier confinement, nous avions travaillé en bonne intelligence avec les industriels”, ajoute Laure Bomy. En 2020, les grossistes ont perdu environ 50% de leur chiffre d’affaires en moyenne.
Au-delà de la date de reprise, une autre inquiétude subsiste : celle du comportement des consommateurs après la crise. “Les consommateurs auront durablement leurs habitudes. Il y aura un vrai challenge pour l’ensemble de la filière à réussir à redonner confiance et inciter à franchir la porte des établissements”.



