Quelle stratégie pour les tests ? C’est la question sur laquelle s'est penché le Conseil scientifique pour le Covid-19 dans son avis n°8 transmis aux autorités nationales le lundi 27 juillet, et rendu public le 3 août. Devant l’apparition de nouveaux "clusters", et une recrudescence du nombre de cas, la perspective d'un retour de l'épidémie se dessine pour l’automne 2020. Pour l’endiguer, le Conseil scientifique propose suggère stratégies pour mener des campagnes de tests efficaces sur le territoire français, et préparer notre système de diagnostic à "la très probable seconde vague épidémique".
Il pointe deux sujets critiques : "La période actuelle peut être considérée comme […] une période de vigilance accrue qui nécessite la mise en œuvre combinée de stratégies de diagnostic, de surveillance renforcée et de dépistage" ; "cette surveillance devra être réactive en cas de gestion de foyers (clusters) et il faudra prévoir de la renforcer à la rentrée scolaire".
Une lente montée en puissance
Entre le 20 et le 26 juillet, 457 971 patients ont été testés pour le SARS-CoV-2 par RT-PCR, et le test était positif pour 6 407 cas. On s’approche lentement de l’objectif des 700 000 tests hebdomadaires évoqué par le ministre de la Santé Olivier Véran au plus fort de l’épidémie, au printemps.
Depuis début juillet, il s’écoule en moyenne 4,5 jours entre l’apparition des symptômes et le prélèvement pour test PCR. "Seuls des délais courts permettent de briser les chaines de transmission par l’isolement rapide des personnes contagieuses et l’investigation de leurs contacts", rappelle Santé publique France.
Or, selon les scientifiques siégeant au Conseil, on constate "une difficulté émergente à l’accès au "testing", non pas par un défaut de capacité de tests, mais du fait de difficultés d’organisation, d’un manque d’attractivité et d’un nombre de centres de prélèvements insuffisant, entraînant parfois des délais incompatibles avec une prise en charge adaptée et rapide". Ils pointent aussi des lenteurs dans le traçage et l'isolement des cas. Que proposent-ils en matière de tests ?
Une nouvelle doctrine d’utilisation
Les 13 membres avancent quatre stratégies différentes, qui peuvent se compléter. Ils proposent en premier lieu de poursuivre la campagne de diagnostics précoces visant à tester en continu les cas suspects (des personnes ressentant des symptômes) et leurs contacts. "Cette démarche d’investigation exhaustive des cas et contacts est cruciale pour freiner la diffusion du virus à partir de cas index",est-il rappelé.
Une autre manière de pister le virus serait "d’opérer une surveillance à la fois proactive et organisée [de la circulation du virus, ndlr] dans des populations où cette circulation pourrait avoir un impact majeur en terme de mortalité (abattoirs, prison, foyers pour migrants…)". Cette stratégie permettrait d’identifier une possible circulation silencieuse du virus dans des populations où cette circulation pourrait avoir un impact majeur en terme de mortalité", jugent les scientifiques.
Le conseil suggère aussi de dépister toute la population d'une zone donnée (en particulier dans les régions où se développent des clusters actifs, afin d'éviter des reconfinements localisés) ou d'effectuer des tests "aléatoire". Cela permettrait d'avoir une idée de la proportion de cas asymptomatiques.
Tester massivement
Une telle campagne généralisée permettrait de maintenir opérationnel le système de dépistage dans les zones où la demande en test reste encore faible, et offrirait également une vision globale d’un possible développement "silencieux" du virus. Selon les membres du Conseil, "la période estivale pourrait être utilisée pour renforcer les capacités de diagnostics proposées depuis mi-mai 2020 (centres de prélèvement, laboratoires), mais aussi pour développer et valider des outils complémentaires à la RT-PCR pour mieux analyser le risque épidémique (techniques de poolage, surveillance environnementale…)".
En plus de maintenir au niveau la surveillance du nombre de cas, les scientifiques appellent à "la renforcer à la rentrée scolaire du fait du risque important de recirculation d’autres virus respiratoires pouvant jouer le rôle de facteurs confondants", comme les rhinovirus par exemple.



