Les livraisons ont commencé. "Environ 12 des centres ont déjà été équipés, et le reste devrait être en place en fin de cette semaine", affirme Yong Hou, président Europe du groupe BGI. Ce spécialiste chinois des solutions génomiques indique avoir reçu une commande conséquente du ministère française des Solidarités et de la Santé "il y a trois semaines", dans le cadre de la stratégie de déconfinement envisagée par le gouvernement français. Laquelle s’appuiera sur l’utilisation des tests virologiques à grande échelle afin d’isoler les porteurs du virus pour limiter la circulation du SARS-CoV-2.
1 million de tests PCR
Concrètement, la commande se décline en trois volets. Le premier porte sur la livraison de 2 millions d’écouvillons, de kits d’extraction d’ARN ainsi que des consommables pour mener des tests de dépistage. Le deuxième concerne 20 robots pour l’automatisation des tests en laboratoire. Ces deux premiers volets sont pris en charge par la filiale MGI du groupe chinois. Le troisième volet concerne la commande de 1 million de tests PCR d’une autre filiale : BGI Genomics.
Un test non répertorié par la DGS
Or, actuellement, ce test PCR de BGI n’est toujours pas répertorié sur la liste de la Direction générale de la Santé (DGS). La dernière mise à jour, datée du 17 avril, comporte pourtant une quarantaine de tests PCR venus du monde entier, autorisés et disponibles en France dans la lutte contre le Covid-19. Selon le groupe BGI, son test serait en attente de validation par le Centre national de référence (CNR), seul habilité à une telle validation définitive après plusieurs feux verts de différentes autorités françaises en matière de santé, comme la Haute Autorité de Santé (HAS).
BGI indique que son test PCR pour la détection du Covid-19 a reçu l’agrément de la NMPA, l’autorité sanitaire chinoise, dès le 25 janvier 2020, qu’il a obtenu le marquage CE indispensable aux équipements médicaux au sein de l’Union européenne le 23 février, et même l’agrément de la FDA, l’autorité américaine, le 25 mars. Il est déjà utilisé dans 80 pays dans le monde, dont une dizaine en Europe, notamment en Allemagne et en Italie, deux des pays les plus touchés par la pandémie. Ce test PCR est aujourd’hui fabriqué exclusivement en Chine, BGI le produisant sur deux sites, à Wuhan et à Shenzen, avec des capacités installées de 2 millions d’unités par jour.
Sollicitée à plusieurs reprises sur ce sujet par l’Usine Nouvelle, la DGS n’a jamais éclairci l’absence de ce test PCR sur la liste des tests qu’elle répertorie. Le 21 avril, Jérôme Salomon, le directeur général de la DGS a précisé que les temps de validation prenaient du temps avant d’obtenir le feu vert du CNR, et a assuré que "les autorités sanitaires françaises ne laissent jamais sur le marché des tests qui ne sont pas fiables".
Pas tous les œufs dans le même panier
Sur la commande en elle-même, un élément saute aux yeux : 2 millions d’écouvillons et de kits d’extraction d’ARN commandés pour seulement 1 million de tests PCR. Yong Hou précise que "plusieurs types de tests PCR peuvent être utilisés sur les machines fournies dans la commande", suggérant que le gouvernement français ne veut sans doute pas "mettre tous ses œufs dans le même panier" dans le cadre de ses commandes de tests virologiques.
Les 20 machines contenues dans la commande, dont 12 étaient déjà installées dès la semaine dernière, ainsi que les autres équipements médicaux et les tests sont destinés à 19 hôpitaux en France, à Paris, en l’occurrence l’hôpital Broussais, à Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Rennes, Lille, Strasbourg, Dijon, Rouen, Toulouse, Tours et Poitiers. L’objectif est que chaque robot puisse mener, d’ici la fin avril, 2 000 tests par jour, soit 40 000 au quotidien sur l’ensemble des sites.



