Les Autorités organisatrices de mobilités (AOM) seraient-elles au bord du gouffre ? Sans aller jusqu’à cette extrême, leur situation financière est particulièrement compliquée après deux mois de confinement et un déconfinement qui n’a pas, contrairement aux craintes sanitaires, suscité encore une affluence importante dans les transports.
Une affluence très faible
Lundi 25 mai, pour le début de la troisième semaine de déconfinement, la RATP enregistrait une fréquentation de 16%, soit un chiffre quasiment identique aux semaines précédentes. Le télétravail reste la règle et seuls 15% des enfants et adolescents ont repris le chemin de l’école. Et pourtant, l’offre de transport atteindra bientôt son maximum.
A la RATP, 90 % des métros roulent, et même 100% sur les lignes 1, 13 et 14, 100 % des tramways sont en service. L’offre atteint également 100 % pour le RER A et 80 % pour le RER B, tandis que 90% des bus circulent. Pour la SNCF, l’offre des Transilien atteint 70 % au lieu de 60 % précédemment, et 80 % aux heures de pointe.
100 000 emplois non délocalisables
Si certains s’étonnent qu’Île-de-France Mobilités réclame 2 milliards d’euros d’aide à l’Etat, alors que la région fait tout pour accélérer l’ouverture à la concurrence et réduire la part de la SNCF et la RATP, l’AOM rétorque que "le transport en Île-de-France, ce sont plus de 100 000 emplois non délocalisables et durables. La région finance habituellement en totalité ses transports et il ne serait pas logique que l’Etat n’intervienne pas pour aider les Autorités organisatrices de mobilités alors qu’il soutient Air France ou le secteur de l’automobile", déclare un porte-parole d’Île-de-France Mobilités à l’Usine Nouvelle.
4 milliards d'euros pour l'ensemble des AOM
Selon Île-de-France Mobilités, il ne sera plus possible de rétribuer les opérateurs de transport à partir de la fin du mois de juillet sans aide financière. "Avant la crise, le versement mobilité représentait le tiers des ressources pour financer le transport du quotidien en Île de France et près de la moitié en province. Cette ressource est vitale pour les autorités organisatrices de la mobilité et il n’y a pas d’autre issue que d’en compenser intégralement la baisse qui est directement la conséquence de la crise sanitaire", indique le Groupement des autorités responsables de transport (GART) dans un courrier adressé le 20 mai au Président de la République Emmanuel Macron et signé de son Président, Louis Nègre.
Il conclut : "Alors que le Gouvernement a mobilisé 7 milliards d’euros pour sauver Air France et qu’un plan de relance est prévu pour l’industrie automobile, les élus du GART ne comprendraient pas que les transports du quotidien, sans lesquels aucune reprise économique ne sera possible, soient laissés de côté."
Dans la plupart des cas, les AOM devraient perdre sur l’ensemble de l’année 20 à 25% de leurs recettes. Au total, les pertes cumulées atteignent 4 milliards d’euros pour les AOM, dont plus de la moitié pour Île-de-France Mobilités.



