« Une joie teintée de déception ». Tel est le ressenti exprimé par le Premier ministre britannique Boris Johnson à l'issue de la 26ème conférence des Nations unies sur le climat (COP26). Cette ambivalence résume à la fois la fierté des organisateurs d'avoir engendré plus d'efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi leur déception quant au résultat, bien loin de répondre à toutes les attentes.
Des « circonstances nationales »
Jusqu'à la dernière minute, les quelque 200 délégations internationales ont négocié âprement, tentant de rendre l'accord final plus ou moins contraignant. Toutes ont finalement signé samedi 13 novembre, avec un jour de retard, le Pacte de Glasgow. Celui-ci permet tout d'abord de réaffirmer les ambitions de l'accord de Paris, adopté en 2015 : « maintenir l'augmentation de la température globale bien en dessous des 2°C » par rapport à l'ère préindustrielle et « poursuivre les efforts de limiter l'augmentation de la température à 1,5°C ».
Aujourd'hui, ce dernier objectif apparaît cependant de plus en plus inatteignable. La planète se dirige en effet actuellement vers un réchauffement « catastrophique » de 2,7°C selon les prévisions de l'ONU. Le Pacte de Glasgow incite ainsi tous les Etats à revoir à la hausse leurs engagements climatiques dès 2022, plutôt qu'en 2025 comme le prévoyait initialement l'accord de Paris. Il faudra cependant « prendre en compte les différentes circonstances nationales », ce qui pourrait permettre à certains pays de retarder leur transition climatique, au grand dam de nombreuses ONG.
Diminution plutôt que disparition
Parallèlement, tous les signataires s'engagent à « accélérer les efforts vers la diminution progressive de l'énergie au charbon sans système de capture [de CO2] et des subventions inefficaces aux énergies fossiles ». Une avancée historique puisqu'elle constitue pour la première fois une attaque frontale contre les énergies fossiles, responsables à 90% des émissions de gaz à effet de serre, mais dont la portée a grandement été affaiblie.
A l'origine, le mot « disparition » devait être employé à la place de « diminution », mais devant la pression de la Chine et de l'Inde, les rédacteurs ont été contraints de revoir leur copie au dernier moment. De plus, le flou qui entoure le terme « inefficaces » pourrait ouvrir la voie à de multiples dérobades de la part des pays les plus émetteurs de CO2. Conscient des faiblesses de cette formulation, le président de la COP26 Alok Sharma s'est dit « profondément désolé ».
Les pays du Sud déçus
D'autres questions sont restées en suspens, à l'image de l'épineux dossier des « pertes et dommages ». Le réchauffement climatique engendrant des dégâts parfois irréversibles (ouragans, sécheresses, inondations), les pays les plus vulnérables ont exigé des compensations financières, d'autant que la plupart d'entre eux payent le prix fort alors qu'ils ont historiquement émis beaucoup moins de gaz à effet de serre que les pays riches. Las, ces derniers ont seulement accepté de leur fournir une assistance technique et d'organiser un « dialogue » de deux ans sur ce sujet.
Par ailleurs, les pays riches n'ont toujours pas versé les 100 milliards de dollars (87 milliards d’euros) par an à partir de 2020 aux pays en développement pour les aider à réduire leurs émissions, une promesse pourtant faite il y a douze ans. Le Pacte de Glasgow les exhorte à le faire « urgemment » jusqu'en 2025, date à laquelle ce montant doit justement être réhaussé. En revanche, les règles des marchés de compensation carbone imaginés dans l'accord de Paris, qui permettent à certains Etats d'acheter des crédits de réduction des émissions auprès de voisins plus vertueux, sont désormais définies dans les grandes lignes.
Des engagements parallèles
Malgré les frustrations, les organisateurs ont rappelé les multiples accords historiques qui ont été annoncés en parallèle de la COP26. Parmi eux notamment : l'engagement de 180 pays à enrayer la déforestation d'ici à 2030, doté d'une enveloppe de 16,5 milliards d'euros, celui de réduire les émissions de méthane de 30% en 2030 par rapport à 2020, porté par 107 pays, ou celui de mettre un terme aux financements à l'étranger de projets d'exploitation d'énergies fossiles sans techniques de capture du carbone d'ici à la fin de l'année 2022. Après une longue hésitation, la France fait finalement partie des 29 pays signataires.



