La recherche française continue de progresser dans la course aux vaccins contre le Covid. Biomap, une équipe mixte de recherche de l’Inrae et de l’Université de Tours Infectiologie et santé publique (ISP), a mis au point un candidat-vaccin à base de protéines virales et administrable par voie nasale. Les premiers résultats positifs obtenus enclenchent aujourd’hui un plan de marche vers le développement clinique de ce produit, qui serait unique en France.
La production de lots cliniques doit démarrer cet automne, avec le démarrage d’essais cliniques au second semestre 2022, et une ambition de mise sur le marché en 2023. Le sous-traitant pharmaceutique suédois Recipharm, impliqué dans l’accompagnement du projet, se serait « engagé à libérer une chaîne de production sur son site de Monts (Indre-et-Loire) si notre vaccin aboutit », indique à L'Usine Nouvelle Mathieu Epardaud, chargé de recherche de l’unité mixte de recherche et collaborateur au projet.
Spray nasal
L’originalité du vaccin passe par la forme envisagée pour son administration. Ni seringue, ni piqûre intra-musculaire: il sera administrable par le nez grâce à un petit adaptateur au bout d’une seringue. La possibilité de mettre au point un spray pour sa délivrance est actuellement étudiée, avec l’aide de la société Resyca, une coentreprise entre Recipharm et Medspray, un spécialiste hollandais des dispositifs de spray.
L’administration d’un vaccin anti-Covid par voie nasale n’est pas une piste unique en France. L’Institut Pasteur y travaille d’ailleurs, avec la biotechnologie Theravectys. Mais le projet de Biomap est le seul à « utiliser une stratégie par voie nasale avec des protéines et pas des virus atténués, ce qui limite fortement les risques de réactions adverses », note Mathieu Epardaud.
Efficacité contre les variants
N’en déplaise aux aficionados du port du masque sous le nez, ce sont les voies nasales qui sont les plus sensibles à l’infection. Cette administration vaccinale directement dans les muqueuses nasales, permettrait d’induire une immunité à la fois à la porte d’entrée du virus, mais aussi à son lieu de multiplication. Le choix s’est aussi porté sur un vaccin constitué de protéines, notamment de la fameuse protéine Spike, mais également de protéines virales qui ne seraient pas soumises à mutation.
Cela permettrait d’assurer une efficacité contre les variants actuels et à venir. Pour ce vaccin à protéines, l’équipe Biomap s’appuie aussi sur Vaxinano, une société lilloise de biotechnologies. Cette dernière apporte au projet une technologie d’encapsulation sous forme de nanoparticules à base d’amidon et de lipides. Avec tous ces éléments, Biomap assure que ce vaccin serait ainsi non toxique et qu’il n’aura pas besoin d’adjuvant.
Risque de contagiosité supprimé
En développement pré-clinique, testé sur des rongeurs, le vaccin a permis, en deux doses à trois semaines d’intervalle, la survie de la totalité des individus vaccinés, sans signe clinique, comme de la perte de poids ou de la détresse respiratoire. Surtout, il bloquerait tout risque de contagiosité de l’entourage, là où les vaccins actuels ne l’empêchent pas, même si le risque semble nettement diminué.
Dans un communiqué du 9 septembre, l’équipe Biomap affirme que « les animaux vaccinés et infectés ne montrent aucune charge virale pulmonaire et nasale détectable, à l’inverse des animaux infectés non vaccinés présentant de fortes quantités d’ARN viral dans les poumons et les cavités nasales ».
Ce paramètre serait un réel avantage pour ce vaccin, même s’il n’arrivait sur le marché qu’en 2023. Outre le fait qu’à cette date il « manquera sûrement encore de vaccins à l’échelle de la population globale », Mathieu Epardaud est convaincu que ce vaccin « permettrait de bloquer la contagiosité ». Il s’agirait d’une « plus-value vis-à-vis des vaccins actuels, qui protègent, mais ne garantissent pas la non-contagiosité. De fait, pour un retour à la vie sans geste barrière et sans masque, les vaccins actuels ne sont pas suffisants » prévient le chargé de recherche.



