Vedettes de Paris navigue vers un tourisme plus durable. Concurrente des Bateaux Mouches et des Bateaux parisiens, cette entreprise (de 70 à 100 salariés selon les saisons) spécialisée dans les croisières touristiques à Paris, avec cinq bateaux de 250 passagers, planche actuellement sur l’électrification de sa flotte entre la mi-2022 et 2024. Invités en septembre 2021 à prendre part à la Convention des entreprises pour le climat, qui réunit 150 PME et ETI, ses managers ont accéléré la démarche. « Cela a été une claque. L’urgence de la situation nous a réellement surpris. Malgré les difficultés économiques, nous avons décidé de lancer le projet », indique Vincent Delteil, directeur de site. Le coût de la conversion est estimé à 7,5 millions d’euros.
Vedettes de Paris réfléchissait depuis 2013 à électrifier la flotte, mais la technologie ne le permettait pas à l’époque. Un bureau d’études spécialisé, Ship-ST, avait été mandaté avant le début de la crise du Covid. Mais depuis, en deux ans, l’entreprise a perdu 75% de son chiffre d’affaires. Elle n'a pas renoncé pour autant. En termes de technologie, son choix s’est finalement porté sur des batteries à recharge rapide, à raison d’un bateau reconfiguré tous les six mois. « La réglementation autour de l’hydrogène ne permettait pas d’envisager cette technologie avant une dizaine d’années », explique Vincent Delteil. L’entreprise spécialisée dans la propulsion électrique Naviwatt participe également au projet.
Une nouvelle façon de travailler
La compagnie a fait le choix de conserver ses bateaux, plutôt que d'en commander de nouveaux. « Il aurait été beaucoup plus simple d’acheter un bateau neuf, mais notre flotte n’a qu’une quinzaine d’années, avec des coques en parfait état. » Un choix écologique mais aussi économique, le ratio entre les deux solutions étant estimé du simple au double. Les moteurs seront retirés, avant l’installation de batteries de 300 kW et de systèmes de gestion de l’énergie. Les bateaux doivent pouvoir tourner toute la journée, de 10 heures à 1 heure du matin en haute saison, avec des arrêts ne pouvant dépasser 20 minutes sur le port de Suffren, dans le VIIe arrondissement, près de la Tour Eiffel. Les contraintes inhérentes à la navigation sur la Seine (vitesse minimale de navigation sur le fleuve, forts courants en cas de crue, stabilité) ont dû être intégrées.
Le changement d’énergie impliquera une façon nouvelle de travailler pour le personnel navigant : une fois effectué le plein d’un bateau, celui-ci dispose d’une autonomie de deux semaines, contre quatre à cinq heures en électrique. « Nos pilotes sont de très bons manœuvriers, mais ne se soucient pas de la charge. Demain, ils auront l’œil rivé sur le compteur », résume Vincent Delteil. Un pilotage plus sobre sera demandé. Les plannings seront revus pour adapter les niveaux de charge des bateaux. Ces derniers offriront en revanche un niveau sonore nettement réduit, donc davantage de confort pour les équipes, les passagers et les riverains.
Actuellement, un bateau consomme 45 litres de gazole par heure et la flotte complète, 370 000 litres par an. Il y a quelques années, la profession était passée d’un gazole traditionnel au GTL (Gas-To-Liquids), un carburant de synthèse fabriqué par Shell à partir de gaz naturel - aussi utilisé par le cimentier Cemex sur l’un de ses bateaux parisiens.
L’approvisionnement en électricité, lui, requiert des négociations avec le gestionnaire des infrastructures portuaires Haropa, la mairie de Paris et la SNCF, dont le RER C circule à proximité. Objectif : profiter de cette situation pour pouvoir tirer plus facilement des lignes électriques sur un site classé. Vedettes de Paris vise l'équilibre de l'opération d’ici huit à dix ans, grâce à des frais réduits de maintenance, ainsi qu’à un avantage concurrentiel grâce à l’aspect environnemental.
Des rotations repensées pour faire face à la hausse du carburant
Avant la crise du Covid-19, Vedettes de Paris transportait 900 000 passagers par an (50% français, 50% internationaux). L’exploitation est actuellement réduite de cinq à deux bateaux, faute de fréquentation. Pour faire face à la hausse des prix du carburant lors de la reprise du tourisme attendue à l’été 2022, l’entreprise compte réduire le nombre de créneaux horaires disponibles, afin d'optimiser le remplissage de ses bateaux.



