2022 s’annonce comme une année compliquée pour l’ingénieriste parapétrolier Technip Energies. Née le 19 février 2021 de la scission de TechnipFMC, six ans après une fusion ratée entre l’américain FMC et le français Technip, l’entreprise de 15 000 personnes, dont 3 300 en France, a pourtant réalisée une belle première année, avec un chiffre d’affaires 2021 de 6,7 milliards d’euros et un bénéfice net de 251,4 millions d’euros. Problème : ces bons résultats tiennent à une forte présence en Russie.
Et ce, notamment grâce à un contrat de 7,6 milliards de dollars décroché en 2019. Il porte sur la livraison clé en main de trois trains de liquéfaction de gaz naturel russe, dans le cadre du projet Arctic LNG 2, détenu à 60% par le russe Novatek et 10% par TotalEnergies. En mars 2021, Technip Energies a aussi créé en Russie une coentreprise, Nova Energies, avec le spécialiste russe de l’équipement Nipigas, pour développer des projets de transition énergétique dans le pays. Au 31 décembre 2021, environ 3,8 milliards d’euros, soit 23% du carnet de commandes de l’entreprise, étaient liés à des projets en cours en Russie.
Plus de marché russe dans les prévisions
Après l'entrée des troupes russes en Ukraine, l’ingénieriste a annoncé dans un communiqué jeudi 3 mars « avoir cessé de travailler sur toute nouvelle opportunité en Russie ». Les travaux en cours du projet Arctic LNG 2, sur lesquels travaillent 700 personnes, principalement des locaux, ne sont donc pas concernés pour l'heure. Néanmoins, dans ses prévisions pour 2022, l’entreprise a déduit la part de chiffre d’affaires réalisée en Russie, évaluée à 1,4 milliard d’euros, ce qui ramène ses prévisions de chiffre d’affaires entre 5 et 5,5 milliards d’euros.

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Mais l’entreprise pense avoir les moyens d’amortir cette perte potentielle, sans bien sûr pouvoir la compenser immédiatement. Pour mémoire, Technip Energies a conservé ses activités historiques de conception et livraison clé en main d’installations industrielles pétro-gazières et biochimiques à terre et flottantes, et récupéré l’usine de bras de chargement de gaz naturel liquéfié (GNL) de Sens (Yonne) de FMC. Toutes les activités sous-marines, et notamment l’usine Technip de fabrication de câbles flexibles du Trait (Seine-Maritime), sont elles restées chez TechnipFMC.
Multiplier les projets au Qatar
Dès le début de la crise ukrainienne, Technip Energies a travaillé à des scénarios avec ou sans la Russie, au cas où le groupe serait forcé d’arrêter complètement son activité sur place. « Le pipeline de prospects sur le gaz naturel liquéfié (GNL) est important. Des sanctions envers la Russie pourraient accélérer les opportunités autour du GNL qui n’a fait que grandir ces dernières semaines. C'est le cas au Qatar et aux Émirats arabes unis, où Adnoc [principale compagnie pétrolière du pays, ndlr] a annoncé un développement de GNL, et pour lequel les choses s’accélèrent », explique Arnaud Pieton, le PDG de Technip Energies. Ce dernier met en avant une « stratégie commerciale sélective », qui a permis à l’entreprise de générer « près de 10 milliards d’euros de commandes, dont 94% hors de Russie ».
À court terme, le GNL représente environ 60% du chiffre d’affaires de l’entreprise. Outre le projet d'unité flottante au large du Mozambique, qui vient d’être ancré sur site et est en cours de mise en service, Technip Energies est en phase d’ingénierie et d’achat pour un très gros projet de quatre mégatrains de 8 millions de tonnes par an chacun dans le cadre du projet de Qatar Energy North Field Expansion (NFE) signé en février 2021, qui va rajouter 32 à 33 millions de tonnes par an de capacité. La construction débute cette année. Toujours au Qatar, des études ont déjà été lancée pour le projet de GNL d'extension sud.
Diversification dans la décarbonation
Technip est bien placé pour profiter de l’engouement pour le GNL, qui grimpe dans des pays comme l’Allemagne, contraints de trouver des alternatives au gaz russe. Un intérêt qui se traduira par la construction de nouveaux terminaux de regazéification. Technip Energies ne les fournit pas, mais cette dynamique pourrait profiter à l’usine de Sens.
L’entreprise compte aussi beaucoup sur sa stratégie de diversification sur les marchés de la décarbonation de l’industrie (capture de CO2, ammoniac, hydrogène bleu), la chimie verte et les carburants propres (Technip Energies construit les bioraffineries de Neste) et les énergies zéro carbone (hydrogène vert, éolien flottant). L’entreprise a publié jeudi 3 mars sa première feuille de route ESG : Technip Energies s’engage à être neutre en carbone sur ses scopes 1 et 2 en 2030 et à consacrer 100% de son budget R&D aux domaines de la transition énergétique d’ici à fin 2025.



