Comment OVH continue à produire ses serveurs à l’heure du Covid-19

Malgré le Covid-19, OVH continue, non seulement à livrer ses services cloud à ses clients, mais aussi à produire les serveurs indispensables à ses datacenters. Il a dû pour cela adapter l’organisation de son usine à Croix, dans le Nord, pour assurer la continuité de la production pendant cette crise sanitaire.

 

 

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OVH usine à Croix
L'usine de serveurs d'OVH à Croix, dans le Nord.

En tant qu’opérateur de cloud d’infrastructure, le français OVH est tenu d’assurer la continuité de ses services, dont dépendent un grand nombre d’entreprises et d'administrations clientes. Mais pour cela, son modèle d’intégration verticale l’oblige à continuer aussi à produire les serveurs indispensables à ses 30 datacenters dans le monde. Car il n’achète pas de serveurs standards sur le marché. Pour des questions de coûts, d’efficacité et d’agilité, il préfère les développer et les fabriquer lui-même dans deux usines : à Croix, dans le Nord, et à Beauharnais, près de Montréal, au Canada.

Création d'une cellule de crise

" Nous avons la chance d’avoir anticipé l’arrivée du Covid-19 en France, rappelle à L’Usine Nouvelle Guillaume Hochart, directeur de la production d’OVH et patron du site de Croix, qui réalise le gros de la production de serveurs, baies et systèmes de refroidissement de l'entreprise. Du fait de la présence d’OVH en Asie, nous avons créé une cellule de crise dès début février 2020, dont je fais partie. Cela nous a aidés à prendre les bonnes mesures avant le premier discours du président Macron. "

OVH Guillaume Hochart, directeur productionOVH
OVH Guillaume Hochart, directeur production OVH Guillaume Hochart, directeur production

Guillaume Hochart, directeur de la production d'OVH (Crédit photo: OVH)

Les 60 personnes des services non indispensables à la production comme l’administratif, les approvisionnements, le planning, le contrôle de gestion ou les transports, ont basculé en télétravail. Seules les 45 personnes, impliquées dans des tâches de fabrication, de logistique ou de livraison des serveurs aux datacenters, continuent de venir travailler dans l’usine. Cette organisation est en place depuis deux semaines.

"Nous avons auparavant revu les flux pour respecter les règles de distance de sécurité et faire en sorte que les opérateurs ne se rencontrent jamais, affirme Guillaume Hochart.  Nous avons la chance de fonctionner par petits ilôts autonomes de production, indépendants les uns des autres. Une organisation qui évite par définition les contacts entre personnes. Seules les personnes autorisées peuvent entrer dans l’atelier. Chaque accès au site est contrôlé et nécessite mon autorisation. Nous voulons envoyer au personnel un message fort : il ne faut pas rompre la chaîne de sécurité. Ces mesures sont appliquées dans la confiance et la compréhension de tout le monde. "

Un médecin dépêché sur site

Pour expliquer les implications du Covid-19 et sensibiliser les travailleurs aux gestes barrières, un médecin d’OVH a été dépêché deux fois sur le site. "C’est normal, il y avait beaucoup d’appréhension au départ sur les risques encourus en continuant à venir travailler, confie Guillaume Hochart. Les explications du médecin ont aidé tout le monde à les surmonter. Personnellement, je me lave maintenant les mains une trentaine de fois par jour."

Du gel hydroalcoolique et du savon ont été mis à la disposition des travailleurs. En revanche, pas de masques jugés inutiles. Les postes de travail sont désinfectés deux fois par jour. "Au départ, il y a avait une certaine peur chez les gens de continuer à venir travailler, reconnait le patron de l’usine. Mais personne n’avait réclamé l’arrêt de la production. Tout le monde comprenait la nécessité d’assurer la continuité de nos services cloud à nos clients. La situation a favorisé la solidarité entre les équipes."

Les réticences sont venues plutôt des deux sous-traitants d’OVH intégrés sur le site : Aix Metal dans le travail de la tôlerie et Inodesign dans le câblage électronique. Guillaume Hochart a dû intervenir en pompier pour rassurer. Une grande partie de leur personnel a finalement accepté de poursuivre son activité sur place.

Robustesse du modèle intégré

"Notre modèle intégré s’est révélé très robuste, se vante Guillaume Hochart. Le fait de maîtriser l’ingénierie de nos serveurs et nos approvisionnements fait que nous n’avons pas souffert de rupture de composants. Nous voyons également les bénéfices de notre stratégie de développement de multicompétences. Chaque opérateur est formé pour occuper cinq postes différents. Cela nous a beaucoup aidés à faire face à l’absentéisme d’environ 10 % lié à des difficultés de garde d’enfants ou de prise en charge de personnes vulnérables. Tout cela fait que nous avons aujourd'hui un niveau de production comparable à d’habitude. "

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