Le projet est encore flou. Moderna entend implanter une usine de vaccins ARNm au Royaume-Uni, a-t-il annoncé le 21 juin 2022. Un accord de principe a été scellé avec le gouvernement britannique pour un centre d’innovation technologique ARNm, avec l’intention d’y développer et d’y produire des vaccins ciblant des virus respiratoires.
Une première usine de vaccins ARNm en Afrique
Les contours de cet investissement ont juste été esquissés, Moderna ne dévoilant ni son montant, ni son calendrier. Mais ce nouveau projet est le dernier d’une longue liste qui s’étoffe presque chaque mois. Début mars, Moderna annonçait un protocole d’accord pour un complexe de vaccins ARNm au Kenya. Ce projet africain, évoqué depuis l’automne 2021, engagerait un investissement de 500 millions de dollars (près de 472 millions d’euros). Il est mené avec le soutien du gouvernement des Etats-Unis, des autorités kenyanes et de l’Union africaine, et centré sur l’implantation sur le sol et à destination du marché africain d’une usine de production d’antigène. Moderna envisage d’y adjoindre la seconde partie industrielle de la fabrication de vaccins avec des unités de formulation, de remplissage et de conditionnement. Le calendrier est encore imprécis, mais de premières productions seraient envisagées dès 2023.
Des projets d’usines en Australie, au Canada, voire en Corée du Sud
Le 27 mars, Moderna dévoilait un second projet à l’international, en signant un partenariat avec le gouvernement australien pour construire un complexe de vaccins ARNm à Melbourne, en Australie. Le laboratoire américain cible un démarrage de la construction avant la fin 2022 et ambitionne une mise en service d’ici à fin 2024. Un mois plus tard, une troisième annonce. Cette fois pour un complexe de vaccins ARNm au Québec (Canada), concrétisant au passage un protocole d’accord conclu dès l’été 2021 avec le gouvernement canadien. A cette liste pourrait s’ajouter prochainement un projet mieux défini en Corée du Sud, où Moderna a signé un protocole d’accord avec le gouvernement sud-coréen dès mai 2021 pour produire localement.
Pas encore d’usine en vue en Europe
Etonnamment, encore aucun projet en propre n’a été envisagé publiquement en Europe. Sur le continent, Moderna s’appuie sur un partenaire de choix, le suisse Lonza, numéro un mondial des ingrédients pharmaceutiques actifs, et sur son complexe de Visp, en Suisse, où Lonza produit actuellement l’antigène du Spikevax, le vaccin anti-Covid-19 de Moderna. Pour ce vaccin, actuellement, Moderna a confié les opérations de remplissage et de conditionnement à différents partenaires dans plusieurs pays, dont le suédois Recipharm sur son site de Monts (Indre-et-Loire).
31 vaccins en développement
Ces futurs complexes de vaccins ARNm de Moderna ne sont pas spécifiquement destinés à lutter contre le Covid-19. Le laboratoire américain dispose d’un portefeuille riche de 31 programmes de vaccins en développement et de 15 programmes de médicaments. Les vaccins contre les virus respiratoires en sont le fer de lance, comme contre la grippe ou le virus syncytial, mais il y a d’autres types, comme contre le VIH. Moderna veut disposer de ces sites de production pour déployer tout son portefeuille, et aussi pour être prêt à parer toute nouvelle épidémie.
Une technologie unique de production
Le gros avantage du laboratoire réside dans sa technologie. Dans une présentation en ligne le 24 mars 2022, Stéphane Bancel, le PDG de Moderna, insistait sur le fait que le laboratoire s’appuie sur « le même procédé pour tous nos produits », vaccins comme médicaments. Ajoutant que la production peut s’effectuer sur « les mêmes équipements, dans le même atelier, par les mêmes personnes, en utilisant quasiment les mêmes matières premières ». En l’occurrence, dans sa documentation en ligne, Moderna précisait que 95% des matières premières étaient identiques. Une révolution permise par la technologie ARNm, là où toutes les autres productions de vaccins nécessitent des unités, voire des usines distinctes pour assurer différentes fabrications. « C’est une plateforme extraordinaire et ce n’est jamais vraiment arrivé dans l’industrie pharmaceutique », se réjouissait encore Stéphane Bancel dans la même conférence.
De 100 000 à 800 millions de doses, de 60 millions à 18,7 milliards de dollars
Cet avantage a été déterminant dans la montée en puissance industrielle de Moderna. Détenteur en propre d’une seule usine, à Norwood, dans le Massachusetts (Etats-Unis), le laboratoire est passé d’une production annuelle de 100 000 vaccins par an à plus de 800 millions de doses en 2021. Un chiffre qui sera encore plus conséquent en 2022. A Norwood, Moderna a évidemment agrandi le site et le laboratoire s’appuie sur tout un réseau de sous-traitance en Amérique du Nord, en Europe et en Asie pour le Spikevax. Financièrement aussi, Moderna a les moyens de ses ambitions. Presque inconnue du grand public avant la pandémie de Covid, la biotech américaine s'est vue propulsée par le succès de son vaccin au rang de géant pharmaceutique. Son chiffre d’affaires, de 60,2 millions de dollars en 2019, a bondi à 803 millions en 2020, avant d’être catapulté à 18,7 milliards de dollars (environ 17,7 milliards d’euros) en 2021…



