Vu d’Italie, Stellantis préfèrerait la France. L’Hexagone bat la Péninsule en nombre de modèles produits, s’inquiétait en octobre 2023 le Corriere della Serra. Le quotidien constate que si «jusqu'en 2022, la production était comparable entre les usines italiennes et françaises», ce ne sera plus le cas à l’avenir : «13 véhicules devraient être produits entre 2024 et 2026 sur les sites de la Botte italienne, contre 24 dans les usines au-delà des Alpes, plus compétitives en termes de production et d'adaptation à l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement».
Lors de sa création en 2021, la direction de Stellantis n’avait pas tardé à alerter ses employés sur le manque de compétitivité des usines italiennes par rapport à leurs homologues espagnoles et françaises, en raison de coûts de production trop élevés notamment liés aux prix de l’électricité (sur les marchés à terme au 1er décembre 2023, le MWh d’électricité pour l’année 2024 s’échangeait 106,55 euros en France pour 124,65 euros en Italie).
La situation s’est depuis améliorée. «La direction nous a dit que nous avions réduit une bonne partie des coûts supplémentaires», se satisfait Gianluca Ficco, le secrétaire national du syndicat des métallurgistes UILM. Les usines de l'ex-Fiat Chrysler Automobiles ont connu d’importantes rationalisations au cours des trois dernières années. Le passage en «monoflux» a eu lieu à Melfi (situé à 120 kilomètres à l’est de Naples), qui comptait encore deux lignes d’assemblage. L’avenir de l’usine de 5800 travailleurs est assuré avec l’arrivée de cinq nouveaux modèles à partir de 2024, à commencer par la nouvelle DS7. Dans l’ensemble, la complexité des modèles (couleur de la carrosserie, diversité d’équipements) a également été réduite pour faciliter la gestion et économiser de l’argent.
Vaste rationalisation des sites industriels italiens
Un autre changement, et non des moindres, a eu lieu à Grugliasco. Cette usine de petite taille (70 000 véhicules par an) implantée en périphérie de Turin a fermé ses portes en décembre 2021. Sa ligne de production et l’ensemble de ses 1100 travailleurs ont été rapatriés au sein de l’historique usine Fiat de Mirafiori, distante de seulement quelques kilomètres. Au sein de cette dernière, 2250 salariés s'apprêtent à subir le chômage partiel du 12 février au 3 mars en raison d'une faible demande pour la Fiat 500 électrique et les modèles Maserati qui y sont produits. En 2023, l'usine a toutefois accueilli deux nouvelles activités avec les inaugurations d’un atelier pour tester des packs batteries ainsi que d’un premier centre dédié à l’économie circulaire. Un investissement de 80 millions d’euros pour Stellantis, qui navigue entre pressions syndicales et politiques et la nécessité d’opérer des choix économiques judicieux.

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Malgré des annonces rassurantes, les syndicats militent pour que davantage de modèles soient affectés aux usines italiennes. Il n’empêche, difficile encore pour l’Italie de faire le poids face aux pays de l’est. Le preuve encore début décembre : sur fond de bataille réglementaire avec les autorités autour la nouvelle norme Euro 7, le constructeur a annoncé que sa nouvelle Panda électrique serait fabriquée à Kragujevac, en Serbie. Et non plus au sein de l'usine Alfa-Romeo de Pomigliano près de Naples. Les cris d’indignation des syndicats n’ont pas tardé.
En route vers la production d’un million de véhicules en 2030
De son côté, le gouvernement italien, soucieux de maintenir une activité manufacturière conséquente dans le pays, négocie avec Stellantis. L’unique grand constructeur automobile italien s’est engagé à produire un million de véhicules dans le pays en 2030, mais un calendrier de montée en charge reste à définir. La dernière fois que ce chiffre a été atteint, c’était en 2017. Selon les données de la fédération automobile italienne, 685 750 véhicules sont sortis des lignes italiennes en 2022, répartis entre environ 480 000 voitures et 206 000 utilitaires. Les chiffres de 2023 devraient être à peine plus élevés, juste en dessous de 700 000, selon le cabinet Inovev. Il y a vingt-cinq ans, l'Italie produisait annuellement près de 2 millions de véhicules.
Dans l’ensemble, les syndicats se satisfont des garanties offertes par le groupe automobile, qu’ils analysent davantage comme un horizon qu’un véritable objectif. A leurs yeux, il s’agit surtout d’un message de la part de Stellantis pour indiquer qu’il continuera d’investir et de produire dans le pays, tout en essayant d’obtenir des concessions des pouvoirs publics et des salariés. Même si la bonne santé financière du groupe, qui affiche une marge opérationnelle ajustée à deux chiffres, ne donne pas forcément les coudées franches à Carlos Tavares et ses équipes pour négocier des subventions avec les autorités. «Si les investissements de Stellantis se poursuivent, nous serons alliés. Mais dans le cas contraire, nous pourrions avoir un conflit», résume calmement Ferdinando Uliano, secrétaire national de la Fim-Cisl. Aux yeux des syndicats interrogés par L’Usine Nouvelle, les médias italiens sont très (trop) critiques vis-à-vis de Stellantis. Point d’animosité chez eux à l’égard d’une France qui serait mieux lotie qu’eux : «J'espère que l'Italie et la France pourront construire ensemble une grande entreprise européenne. des pays qui ont un grand savoir-faire», commente Gianluca Ficco de l’UILM.
Le grand défi à Rome reste de juguler la chute des effectifs. Stellantis emploie 47 000 personnes dans le pays (le travail en intérim y est moins répandu qu’en France), mais souhaite réduire sa masse salariale. Plusieurs plans de départs volontaires ont été signés avec les syndicats pour réduire les effectifs. «Notre objectif est d'éviter les licenciements obligatoires, pour ne pas détruire des vies», assure Gianluca Ficco. Près de 2100 suppressions d'emplois étaient prévues au cours de l’année 2023. Au total, près de 7000 emplois ont été supprimés depuis 2021, selon des sources syndicales. Des négociations ont lieu en ce moment afin de définir les modalités de formation et de transfert d’ici à 2026 de travailleurs de l’usine de Termoli, qui produit des moteurs et des boîtes de vitesse, vers la future gigafactory d’ACC, construite à proximité.
Lire les épisodes précédents : la santé des usines françaises et les raisons de la réussite financière de Stellantis. A suivre dans notre quatrième épisode : une interview de Maxime Picat, vice-président de Stellantis en charge de la supply-chain.



