Comment les fabricants de pâtes français espèrent gratter des parts de marchés aux Italiens

Dans le sillage du plan souveraineté pour la filière blé dur annoncé au Salon de l’agriculture en début d’année, les industriels français des pâtes se mobilisent pour regagner des parts de marché. En 2023, seules 35% des pâtes consommées en France ont été produites sur le territoire national d’après le ministère de l’Agriculture.

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Pâtes alpina
65% des pâtes consommées en France en 2023 ont été produites à l'étranger.

Les Français mettent toujours plus de pâtes dans leurs assiettes... mais elles sont de moins en moins françaises.  Et alors qu'on n'a que l'expression "souveraineté alimentaire" à la bouche, cela fait tache. La filière blé dur tricolore, cette céréale indispensable à la confection des pâtes, en est bien consciente. La production française de cette plante chute depuis 15 ans. «Si nous prolongeons les courbes, nous allons vers un risque de pénurie», alerte Albert Mathieu, patron de Panzani, lorsqu’il nous reçoit fin mai du côté de Marseille. Depuis 2019, l’industriel mise uniquement sur du blé français pour produire ses pâtes.

Enrayer le déclin

La production nationale est tombée à 1,3 Mt en 2023, contre 2,5 Mt en 2010, d'après Arvalis et FranceAgriMer. «Un incident climatique comme cette année créée une situation de tension, alors qu’environ 600 000 tonnes sont utilisées par l’ensemble des pastiers et semouliers français», souligne Albert Mathieu, par ailleurs président du syndicat français des producteurs de pâtes (SIFPAF).

La production baisse dans les parcelles et les parts de marché des industriels français suivent le même mouvement dans les rayons. En 2023, seules 35% des pâtes consommées en France ont été produites sur le territoire national, une situation qui interroge alors que la consommation des spaghettis et autres coquillettes continue de croître en France, +8% depuis 2019, d’après les chiffres du ministère de l’Agriculture.

Remobiliser la recherche variétale

Un plan «souveraineté» a été élaboré pour la filière et lancé en début d’année à l’occasion du salon de l’Agriculture. Il est doté de 43 millions d’euros, dont 11 millions abondés par le gouvernement, le reste revenant à Intercéréales, l’interprofession des céréales, et aux syndicats des pastiers et semouliers. Le but, d’abord, sécuriser les producteurs à l’amont. Les industriels sont priés de contractualiser avec leurs fournisseurs. Si pour Alpina c’est déjà chose faite, l’industriel proposant par ailleurs des prix-planchers aux agriculteurs, Panzani monte en puissance sur le sujet, avec par exemple 25% des volumes contractualisés auprès de la coopérative Arterris, l’un de ses principaux fournisseurs. En revanche, silence chez Lustucru qui n’a pas donné suite à nos demandes.

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Ces volumes doivent permettre de remobiliser la filière semences, indispensable à une culture certes rémunératrice, mais risquée. «Le déclin des surfaces a entrainé un lâcher prise de la recherche privée à ce sujet, indique Claude Tabel, expert semence chez Intercéréales, à l’occasion d'un voyage de presse organisé par la filière fin mai. Aujourd’hui, seuls RAGT et Florimond Desprez font de la recherche variétale en blé dur. Ils produisent au mieux cinq nouvelles variétés par an.» Plus de contractualisation signifie plus de volumes, plus de volumes implique davantage de recherche variétale…

Bataille avec les Italiens et Espagnols

Des volumes aussi indispensables en aval. «Nous devons continuer d’être exportateurs : ces volumes nous permettent à nous, pastiers, d’être exigeants sur la qualité», souligne Nicolas Guize, le président d’Aster développement, propriétaire notamment de la marque Alpina Savoie. Cette qualité doit permettre d’aborder l’autre versant du plan : la bataille des parts de marché avec la concurrence étrangère qui s’est installée dans les rayons français.

«Il y a trente ans, les pâtes françaises pesaient deux tiers de notre marché national, poursuit le dirigeant. Cette baisse des parts de marchés est liée à la concurrence italienne, mais aussi à celle des espagnols qui nous ont pris des parts de marchés via les marques de distributeur (MDD).» Les industriels regrettent que ces dernières, qui pèseraient 40% du rayon, soient fabriquées au-delà des frontières hexagonales, avec des blés aux origines diverses.

Les pastiers hexagonaux se sont fixés l’objectif ambitieux de regagner 10 points de parts de marché d’ici à 2033. Ambitieux car, au sortir d’une période d’inflation où le prix décide de tout, l’écart de prix avec les MDD est important, même pour un acteur comme Panzani : de l’ordre de 20 à 30%. Jusqu’où l’origine France peut-elle être un argument de vente ?

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