Dans un monde lourdement affecté par le réchauffement climatique, pourra-t-on encore longtemps continuer à exercer un métier basé sur la fabrication d’équipements de montagne ? Pour le groupe Rossignol (1 230 personnes dont 600 en France, 313 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2021-2022), leader mondial du ski, la question se pose déjà. « Au-dessus de 1 800 mètres d’altitude, la neige est assez stable. On réfléchit au sujet, mais nous avons un peu plus de temps que dans d’autres industries pour nous adapter. En dessous de 1 800 mètres, c’est déjà compliqué. Nous développons d’autres segments », explique le PDG de l’entreprise, Vincent Wauters.
Le dirigeant, qui se satisfait de voir sa société dégager des profits sur l’exercice 2022-2023, « pour la première fois depuis très longtemps », continue de miser sur le ski. Rossignol détient 17,4% de parts de marché à l’échelle mondiale sur le ski alpin, 22,8% sur le ski nordique, 18,4% sur les chaussures de ski et 21,9% sur les fixations, sur un marché estimé à 400 millions de journées-skieurs (visites journalières d’une personne sur un domaine skiable, indépendamment du tarif payé, dont 53,9 millions en France). Pour autant, « accompagner la transition des stations de basse et moyenne altitude vers un modèle quatre saisons multi-sports » s’avère essentiel, reconnaît Vincent Wauters.
Un focus sur la randonnée
Dans le showroom du groupe, au siège de Saint-Jean-de-Moirans (Isère), de futurs modèles de vêtements sont exposés, prêts à être écoulés auprès des revendeurs ou dans les boutiques de la marque Rossignol, porte-étendard de l’entreprise, dont celle du 6ème arrondissement de Paris - loin de la montagne. Le textile représente aujourd'hui 20% des ventes du groupe, contre 5% en 2015. Un chiffre qui monte à 25% sur la seule marque Rossignol dans le monde, et même à 40% en France. Les ventes de vêtements et de chaussures sont ainsi destinées à atteindre 150 millions d’euros en 2026. « C’est très ambitieux, mais il y a un espace à prendre. Des marques seulement athlétiques ne peuvent pas se le permettre », estime Vincent Wauters.
Pour mener à bien cette stratégie, le groupe a revu sa gamme - les sweat-shirts se portent aussi bien à la montagne qu’en ville - et s’appuie sur son usine italienne de Montebelluna. Ce « centre d’expertise », l'un des quatre sites industriels de Rossignol, fabrique aussi bien des chaussures alpines que des patins à glace. L’entreprise a également conçu des après-ski, qu’elle recommande aussi pour « l’exploration urbaine » (loin des sommets enneigés !), et des sneakers. Pour autant, la montagne reste sa priorité : des chaussures de randonnée doivent arriver lors de la saison printemps-été 2023, tandis que des chaussures techniques sont en cours de développement.
Une application mobile a par ailleurs été lancée à destination des particuliers et des professionnels des stations de basse et de moyenne altitude, avec des suggestions d’activités en trail, vélo, marche nordique et ski de randonnée dans 200 destinations, autour de 1 700 parcours différents. Alors que le groupe ne commercialisait jusqu'à présent que des vélos dédiés au marché de la location, Rossignol vend depuis mars 2022, pour l'heure en ligne et en B2C, des VTT électriques (conçus en France et assemblés en Asie). « Nous souhaitons accompagner l’essor de la saison estivale en montagne. Le vrai challenge sera de lancer la marque auprès des consommateurs, et de la positionner sur la pratique en stations », indique Esteban Deronzier, chef de produit. Un autre moyen de dévaler les pistes.
9 millions d’euros d’investissements à Sallanches
En novembre dernier, Rossignol a annoncé 27 millions d’investissements industriels sur la période 2022-2026. En France, où le groupe compte deux sites industriels, 9 millions d’euros sont alloués à l’usine de Sallanches (Haute-Savoie) afin d’implémenter un nouveau système de recyclage des eaux usées, et améliorer l’isolation thermique du bâtiment. Dans le cadre du lancement d’une gamme de skis recyclables (à hauteur de 77%), un atelier de recyclage sera installé afin de pouvoir produire, réparer et gérer la fin de vie de ces équipements. Le site produit 22% des skis alpins du groupe, le solde étant réalisé en Espagne. Une enveloppe est également prévue pour renforcer l’isolation de l’usine de Nevers (Nièvre), qui réalise 89% des fixations de skis alpins du groupe.



