En mars 2020, la publication de la stratégie industrielle européenne était passée quasiment inaperçue, alors que l’Europe entrait en confinement. Un an plus tard, la Commission européenne a décidé de se remettre à l’ouvrage pour tenir compte des conséquences de la crise sanitaire sur les chaînes d’approvisionnement. « Nous avons été pris par surprise », reconnaît Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission. D’abord le diagnostic. Pour éviter que cela ne se reproduise, les services de la DG GROW ont passé au peigne fin 5 200 lignes de produits importés par l’Union européenne.
34 produits critiques identifiés
La Commission a recensé 137 produits, représentant 6 % des importations de biens de l’UE, pour lesquels l’Europe présente une dépendance forte. La moitié est importée de Chine et une grande partie concerne les matières premières ou des principes actifs pour la pharmacie. Alliages de ferro-tungstène ou de ferro-niobium, principes actifs alcaloïdes, tenues de protection contre le Covid, certains types de receveurs radio… : pour 34 produits, qui ne pèsent que 0,6 % des importations totales cette fois-ci, la Commission considère même que le risque est plus critique pour les entreprises européennes, car ils présentent un faible potentiel de diversification.
« Cela ne nous permet pas de tout rapatrier. Mais de voir si on peut diversifier, si cela peut être une bonne idée de développer davantage l’économie circulaire pour ces produits ou d’investir dans l’innovation pour les remplacer », souligne Thierry Breton, le commissaire au marché intérieur. « Notre plus gros challenge concerne les dépendances de demain, sur la voiture et les batteries par exemple », abonde Vladis Dombrovskis. Afin d’affiner le diagnostic, une deuxième analyse doit être menée pour identifier spécifiquement les risques d’approvisionnement sur les secteurs clefs comme les énergies renouvelables, le stockage d’énergie et la cybersécurité.
Deux nouvelles alliances industrielles
Pour réduire les vulnérabilités européennes, la Commission veut diversifier ses approvisionnements. Mais elle pousse à accélérer le lancement de nouvelles alliances entre industriels, sur le modèle de celles montée dans les batteries. Deux sont déjà sur les rails sur les données industrielles et le cloud ainsi que sur les semi-conducteurs. La Commission confirme son intention d' impulser deux autres alliances dans les mois à venir sur les lanceurs spatiaux et sur l’avion sans émission, pour préparer l’avion à hydrogène ou électrique. La Commission entend aussi appuyer les efforts des Etats à élaborer de futurs PIIEC, ces grands projets européens qui permettent aux Etats de subventionner massivement des projets d'industrialisation dans des domaines clefs.
«Il ne peut pas y avoir de leadership technologique sans leadership dans la standardisation», plaide aussi Valdis Dombrovskis, alors que la Commission veut renforcer l’influence de l’Europe dans la production de standards, pour la batterie, l’hydrogène ou en cybersécurité.



