175 millions d’euros : c’était le budget de fonctionnement de la prestigieuse École Polytechnique en 2023. L’année 2024 devrait, elle, être bouclée à 185 millions d’euros. Cette hausse du budget – de près de 6% – s’inscrit dans le cadre du contrat d’objectif et de performance (COP) de l’X, signé en 2022 avec sa tutelle, le ministère des Armées.
Ce dernier fournit 55% du budget annuel de l’école via une subvention annuelle, qui augmente au fil des années. Son contrat d'objectif 2021-2026 prévoyait une hausse de la contribution de 1,7% par an, passant ainsi de 92 millions d’euros en 2021 à 100 millions d’euros en 2026 – le ministère compensant ensuite l’inflation et les mesures de revalorisation des rémunérations de la fonction publique. Selon les documents budgétaires, la subvention de charges pour services publiques de l'X était de 101 millions d'euros en 2023 et de 103 millions en 2024. «Notre tutelle tient les engagements qui ont été pris il y a presque trois ans, fait valoir Laure Fau, secrétaire générale de l'École. Le soutien est fort, malgré un contexte budgétaire incertain.»
Aux aides publiques s’ajoutent les recettes associées aux étudiants, comme la gestion du parc de logement interne à l’école (7% des recettes) ou encore les frais de scolarité. Si les élèves ingénieurs polytechniciens sont exonérés de frais, ce n’est pas le cas des étudiants étrangers, ni des inscrits en bachelor ou en master of science. «Chaque année, l’école perçoit des frais de scolarité via ces formations payantes, explique Laure Fau. Grâce au développement de l’école et à l’augmentation du nombre d’étudiants, ces recettes sont en hausse et devraient atteindre 15 M€ en 2025.» Le coût d'un Bachelor of sciences est ainsi de 15750 € par an pour un ressortissant de l'Union européenne et de 18 800 pour les élèves de pays tiers.
200 millions d’euros sur cinq ans versés par la Fondation
Le budget annuel s’appuie aussi sur des financements fléchés vers des projets ou actions spécifiques (18% des recettes). C’est notamment le cas d'une partie de l’argent versée par la Fondation Polytechnique (FX), dont la contribution dans le budget de l’école va elle aussi augmenter dans les années à venir. En novembre 2024, cette fondation qui reçoit des dons tant d'anciens élèves que d'entreprises a lancé sa troisième campagne de levée de fonds avec un objectif de collecte de 200 millions d’euros d’ici cinq ans.
«Plus de 40% de ces fonds sont déjà levés et serviront à financer des projets de l'X, explique Marie Caillat, directrice de campagne de la fondation. S'agissant des chaires d'entreprises, il s'agit essentiellement de soutien à la recherche. Hors chaires, les fonds réunis ont permis de renforcer les programmes de bourses, de développer le pôle égalité des chances [...] ou encore d’initier des projets, comme le fonds Ifker pour le climat.»
Les financements des bourses doctorales par le ministère de l’Enseignement et de la recherche et les contrats de recherche, décrochés par les enseignants-chercheurs, et financés par l’Europe ou Agence nationale de la recherche (ANR), alimentent également les caisses de l'École.
21 millions d’euros passés dans les salaires
De l’autre côté de la balance se trouvent les dépenses : 33% du budget est utilisé pour la formation, 29% pour le fonctionnement des 23 laboratoires hébergés par l'École. Parallèlement, l’un des gros postes de dépenses est la rémunération du personnel de l’école, mais aussi celui des élèves polytechniciens, rémunérés dès la première année du cycle ingénieur (900 €/mois), soit un total de 21 millions d’euros dépensés chaque année.
En 2025, l'X bénéficiera cependant du retour de la «pantoufle», qui obligeait jusqu’en 2000 les diplômés à rembourser leurs frais de scolarité s'ils ne travaillaient pas pour l’Etat pendant dix ans après leur diplôme. Polytechnique compte sur cette réforme, mise en place à partir de la promotion 2015, pour récupérer 6 millions d’euros par an.



