[Climato-éthique] Pourquoi souveraineté alimentaire ne peut pas rimer avec agriculture intensive

En révélant sa dépendance aux énergies fossiles importées, notamment le gaz nécessaire à la production d’engrais, la guerre en Ukraine pourrait accélérer le développement d’une agriculture plus durable… ou pas.

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Agriculture
L'agriculture est responsable d'un quart des émissions de GES en France, sans compter les émissions importées.

La guerre en Ukraine l'a rappelé. L'agriculture productiviste européenne, et française, est terriblement dépendante des énergies fossiles. Non seulement pour faire rouler ses tracteurs et autres machines agricoles... Mais aussi et surtout pour l’ammoniac, base de ses engrais chimiques, produits à partir de gaz naturel - russe notamment -, et pour le transport des matières premières à travers le globe, notamment le soja d'Amérique du Sud, indispensable à l'élevage intensif.

Une aberration climatique maladroitement rappelée par une cinquantaine de militants écologistes, réunis à l'appel du collectif « Bretagne contre les fermes usines ». Le 19 mars, les manifestants ont bloqué un train transportant des céréales destinées à la fabrication d'aliments pour bétail et ont déversé sur les voies une partie de la cargaison de blé qu’il contenait, près de Pontivy (Morbihan). Un gâchis alimentaire, difficilement justifiable à l’heure où la guerre en Ukraine menace de famine de nombreux pays.

Les écologistes pensaient, disent-ils, trouver du soja importé dans le train. Mais blé ou soja, la logique qui consiste à utiliser des céréales ou légumineuses pour produire de la viande - surtout quand ces produits sont importés -, n’est pas durable. L’agriculture émet un quart des émissions de gaz à effet de serre de la France. Pour que l'Hexagone atteigne la neutralité carbone, la production de lait et d’œufs devrait être réduite de 33% et celle de viande divisée par trois, calcule le groupe de réflexion The Shift Projet, lancé par Jean-Marc Jancovici.

Dépendance aux fossiles importés 

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Il est vrai que grâce à cette agriculture intensive, 365 unités de méthanisation agricole ont permis d’injecter en France en 2021 près de 4,3 TWh de biométhane dans le réseau, soit presque 1% de la consommation française, indique le Syndicat des énergies renouvelables. Et c’est sans compter avec les 934 autres unités de méthanisation non connectées au réseau de gaz, qui produisent gaz et électricité utilisés directement dans les fermes, ou qui alimentent quelques stations de BioGNV. L’agriculture produit aussi 7% des biocarburants à base de colza et de résidus de betteraves principalement, mélangés à l'essence et au diesel pour les décarboner un peu. Mais le bilan carbone de ces biocarburants est peu reluisant. Sur l'ensemble de leur cycle de vie, ceux utilisés en Europe ont une empreinte carbone inférieure de seulement 2% à celle de l'essence, selon une étude de 2021 de l'International council on clean transportation (ICCT).

L’Europe, avec son green deal et son plan « fit to 55 », avait esquissé une autre agriculture. Emmanuel Macron, qui place « la souveraineté et l’indépendance énergétique et alimentaire »au cœur de son nouveau programme économique, prévoit de lui tordre le cou. Le plan européen De la ferme à la fourchette prévoyait une réduction des productions de 13%. Mais le candidat LREM à un nouveau mandat estime qu'il « doit être revu », car « en aucun cas l’Europe ne peut produire moins ». S’il est réélu, la France devrait donc renforcer son investissement pour produire plus. Mais si c’est toujours au prix d’importations massives d’énergies fossiles et de minéraux, comme le potassium des engrais, elle ne permettra pas d’assurer la souveraineté alimentaire visée.

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