Comme prévu depuis six mois, malgré la crise énergétique mondiale, le 24 mars, TotalEnergies a présenté son rapport développement durable et climat aux investisseurs. Le pétrolier en a profité pour rehausser une nouvelle fois ses objectifs de réduction d’émissions sur ses scopes 1 et 2, mais aussi sur le scope 3. Patrick Pouyanné, le PDG du groupe, a surtout présenté, pour la première fois, sa vision d’un TotalEnergies Net Zéro en 2050. Dans moins de trente ans, le pétrolier aura presque opéré sa mue en électricien, avec dans sa production finale 50 % d’électricité renouvelable, 25 % de biocarburant, biogaz et gaz de synthèse et encore 25 % de pétrole et gaz fossile.
Concernant ces derniers, « les émissions scope 3 résiduelles de ses clients - d’environ 100 millions de tonnes équivalent CO2 - seront intégralement capturées, recyclées ou compensées ». Comme ce sont des pourcentages, cette projection ne dit rien des volumes, mais indique que TotalEnergies va continuer à investir massivement dans les électrons et les molécules renouvelables, ce qui présage l’implantation de nombreux parcs éoliens en mer, fermes solaires, unités de méthanisation et raffineries vertes. Et qu’il restera encore une forte demande pour les énergies fossiles dans le monde. TotalEnergies précise que cette transformation se fera « ensemble, avec la société ».
Or cette société, si elle a finalement pris conscience de l’urgence climatique, n’a pas une vision claire de l’impact que va avoir la lutte contre le réchauffement climatique sur ses modes de vie. Hormis qu’il faut abandonner les chaudières au fioul, rénover les logements et qu’il va falloir un jour ou l’autre acheter une voiture électrique puisqu'il n’y aura plus de véhicule thermique neuf sur le marché, le reste est bien flou. Le plan européen « Fit for 55 » de réduction de 55 % des émissions des 27 Etats membres (comparé à celles de 1990) ne parle pas à grand monde, si ce n’est aux industriels et aux institutions qui en tiennent la comptabilité. Celui de neutralité carbone en 2050, encore moins.
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Il y a « un flou sur la compréhension des enjeux de la transition énergétique et des trajectoires qui en découlent, ainsi que sur la légitimité des projets d’énergies renouvelables », explique le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans son avis sur l’acceptabilité des nouvelles infrastructures de la transition énergétique, publié le 23 mars. De plus, rappelle le Cese, « la transition énergétique n’est pas spontanément désirable, car elle implique des changements profonds de nos imaginaires et de nos modes de vie ». Il manque, selon lui, « un récit collectif global de ce que seront nos modes de vie (habitat, mobilité, alimentation, travail, loisirs, liens sociaux, etc.), avec une répartition équitable des efforts qui tienne compte des inégalités sociales actuelles, et des références culturelles ou artistiques pour le rendre plus lisible. »
Or ces efforts, les politiques ne veulent pas les voir. En France, à l’exception des écologistes, les candidats à la présidentielle continuent de résumer la question du climat à celle de la rénovation des logements et de la production d’électricité nucléaire et/ou renouvelable, en réglant à la hache le problème de l’acceptabilité. Pourtant, le gestionnaire de réseau électrique RTE et l’Agence pour la transition écologique (Ademe) ont tous les deux présenté à l’automne plusieurs scénarios permettant d’arriver à la neutralité carbone en 2050, allant de la grande sobriété, pour ne pas dire décroissance, au choix du tout technologique permettant même une forte réindustrialisation.
... pour une transition choisie
Certes, leur chiffrage économique, publié début mars, est arrivé un peu tard pour permettre aux candidats de s’en saisir. Sauf pour Emmanuel Macron qui, commanditaire de l’étude RTE Futurs énergétiques 2050, a basé sa nouvelle feuille de route énergétique sur le scénario de RTE prévoyant le maximum de nouveau nucléaire constructible par la filière dans un contexte de réindustrialisation forte, mais sans l’expliquer. Jean-Luc Mélenchon, lui, s’appuie sur le scénario alternatif de l’association Négawatt, mis à jour à l’automne. Et l’écrit clairement.
Chaque scénario a des avantages et des inconvénients, coûtera plus ou moins cher, aura un impact plus ou moins positif sur l’emploi et le PIB. « Mais il faut travailler dessus pour acculturer les citoyens », conseille Nicolas Richard, rapporteur de l’avis du Cese, notamment dans le cadre de la consultation sur la stratégie française énergie climat (Sfec) lancée en novembre. Mais aussi pour le débat national promis autour de la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires, décidée par Emmanuel Macron pour permettre la nécessaire électrification de nos économies, mais sans concertation. Or, faire figurer une mesure dans un programme, même si le candidat qui la porte est élu, ne garantit en rien sa compréhension, et encore moins son adoption, par les citoyens. Pourtant, l'électrification de notre économie doit s'accompagner d'une réduction de 40 % de nos consommations d'énergie. Pour atteindre ce résultat, passer à la voiture électrique ne va pas suffire.



