Le projet de production de solvants verts sur l’emprise de la centrale thermique au charbon Emile Huchet de Saint-Avold (Moselle) franchit une nouvelle étape. Une enquête publique a été ouverte le 28 août. Le norvégien Circa, dont le principal actionnaire est le papetier Norske Skog, mobilise 73 millions d’euros en vue de synthétiser localement une molécule, la levoglucosenone (LGO) dont la première application industrielle est sa transformation en solvant renouvelable. Cette alternative aux solvants pétrosourcés intéresserait particulièrement les industries pharmaceutique, cosmétique, agroalimentaire et manufacturière.
La mise en service, prévue fin 2025, de la première unité dimensionnée pour 1200 tonnes par an de molécules biosourcées, générera 50 emplois directs. La moitié devrait être recrutée dans les effectifs de l’exploitant de la centrale au charbon, GazelEnergie. Les procédés consommeront annuellement 50 000 tonnes de sciure de bois en provenant des Vosges et d’Allemagne, des résidus qui seront pyrolysés à 300-350°C. L’usine devrait par ailleurs être quasi autonome en énergie grâce à la valorisation de ses sous-produits à haut pouvoir calorifique.
L’obtention d’un financement européen en octobre 2020 dans le cadre du partenariat public-privé "Bio-based industry" (BBI) avait lancé le projet. Celui-ci enregistre cependant un retard de 18 mois, note David-Alexandre Leduc, porte-parole de Circa, en raison des délais d’instruction des autorisations environnementales, «car nous nous installons sur un site fortement pollué», mais aussi de la mise en conformité du projet «avec les nouvelles exigences en matière de rejets dans l’environnement issues de la directive cadre sur l’eau». A ces contraintes, s’ajoute la hausse des prix de l’acier qui a renchéri de 30% l’investissement.
Démonstrateur en Tasmanie
Si le projet baptisé ReSolute n’est pas remis en cause, l’entreprise de 15 salariés cotée à la bourse d’Oslo (chiffre d’affaires de 1,7 million d’euros en 2023) se prépare à mobiliser 40 à 60 millions d’euros en prise de participation et prêts bancaires pour accompagner sa phase de démarrage. «Le démonstrateur que nous exploitons en Tasmanie est la preuve de notre savoir-faire, mais demeure insuffisant pour autofinancer la montée en puissance du procédé», note le porte-parole.
Au total, le projet de Circa bénéficie de 20,25 millions d’euros d’aides via le programme européen BBI, la Communauté d’agglomération Saint-Avold Synergie, la région Grand Est, ainsi que par l’Etat au travers du volet relocalisation du Plan de relance et du Fonds charbon. L’entreprise fondée en 2006 envisage à terme de décupler les capacités de son usine.



