En 2030, les émissions carbone de l’Europe devraient avoir baissé de 55% par rapport à 1990, si l’Union (UE 27) veut atteindre les objectifs proposés par la Commission européenne. Le Parlement européen entend même rehausser cet objectif (à -60%). Or, sept pays font trop peu, voire pas de progrès dans la décarbonation de leur électricité, affirme le think-tank Ember (ex-Sandbag) le 9 novembre.
La Pologne, la Tchéquie, la Bulgarie, l'Allemagne, la Belgique, la Roumanie et l'Italie concentreront en 2030 environ 80% des émissions liées au secteur électrique dans l'UE. Tous se situent au-dessus de la moyenne européenne projetée en 2030, soit 153 grammes de CO2 par kilowattheure (gCO2/KWh), selon un rapport du think-tank Ember (ex-Sandbag) publié le 9 novembre après analyse de leurs plans Energie-climat nationaux.
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La Belgique, la Bulgarie, la Tchéquie, la Roumanie et la Pologne font, selon Ember, "des progrès limités, voire pas de progrès du tout" alors que ces cinq pays émettront ensemble 40% des gaz à effet de serre du secteur électrique européen. Quant à l’Allemagne et l’Italie, qui émettent elles aussi 40% des émissions en cumulé, leurs progrès sont qualifiés de "lents" par le cercle de réflexion.

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60% d’électricité renouvelable en 2030
D’ici à 2030, la génération d’électricité à partir de sources renouvelables (32% en 2018) devrait presque doubler, pour monter à 59,1% du mix électrique européen (contre 15% en 2018). L’éolien et le solaire devraient représenter, à eux deux, 41,4% de l’électricité européenne. Ce qui suppose d’accroître d’un tiers les projets de production à partir de ces deux sources.
Les Pays-Bas, l’Espagne et le Danemark sont les champions du segment, suivis par l’Irlande qui présente un profil atypique résolument centré sur l’éolien. L’ambition de la France dans le solaire et l’éolien se situe pratiquement au niveau de la moyenne européenne. Cette ambition est en revanche très faible en Europe de l’Est (Hongrie, Bulgarie, Slovaquie et Tchéquie).
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Intérêt tempéré pour la biomasse
Comparé au vent et au soleil, le bois présente un intérêt moindre pour le climat, estime Ember. A moins qu’il s’agisse de déchets… dont la disponibilité est trop incertaine pour qu’ils participent de façon significative à la décarbonation de l’électricité. Mieux vaudrait, selon le think-tank, réserver cette moindre ressource à des secteurs bien plus difficiles à décarboner que l’électricité. On pense, entre autres, à certaines filières industrielles.
Si l’on cumule toutes les sources d’énergie classées comme "renouvelables" par la Commission européenne, le cumul des différents plans Energie-climat nationaux permet de fournir grâce aux ENR 59% de l’électricité consommée par les Etats-membres de l’UE 27 en 2030. Pour atteindre une baisse de 55% des émissions par rapport au niveau de 1990, il faudrait faire grimper cette part à 64% minimum. Le classement des pays selon la totalité de leurs projets électricité renouvelable (avec ou sans biomasse) reste relativement similaire au classement des projets éolien-solaire, à l’exception d’une remontée des pays nordiques, servis par leurs infrastructures hydroélectriques. La France, dont l’électricité nucléaire est certes décarbonée mais non renouvelable, passe plus nettement sous la moyenne européenne.
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Le nucléaire en perte de vitesse
Le recours à l’énergie nucléaire pour la production d’électricité devrait baisser, d’ici à 2030, de 19% dans l’Union (619 TWh, contre 762 TWh en 2018). Une baisse due principalement à l’abandon de cette énergie par l’Allemagne d’ici à fin 2022, et aux fermetures de capacités prévues en France, en Espagne, en Belgique et en Suède. A des volumes moindres, la Finlande, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie et la Tchéquie prévoient d’augmenter leur recours au nucléaire. Mais seule la Finlande (Olkiluoto 3, finalement attendu cette année puis Hanhikivi dans moins de dix ans) et la Hongrie (Paks 2) prévoient de démarrer ces nouvelles capacités avant 2030, donc comptent dessus pour réduire leur empreinte carbone à cet horizon.
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Encore un quart de pétrole, gaz et charbon
Les combustibles fossiles sont loin de disparaître, fournissant environ 25% (contre 42% en 2018) de l’électricité envisagée par les pays de l’UE 27 en 2030. Leur usage baisserait sur la période de 30%, pour atteindre 870 TWh.
Le recours au charbon serait divisé par deux, alors que pour atteindre l’objectif fixé par les Accords de Paris de rester sous 1,5°C de réchauffement, il faudrait l’éradiquer complètement. Les perspectives actuelles d’ici à 2030 sont une baisse de son utilisation dans l’électricité de 53% (sur 2018), à 282 TWh. 90% des capacités électriques au charbon sont concentrées dans trois pays : l’Allemagne (qui vise une sortie du charbon en 2038), la Pologne (plutôt 2049) et la Tchéquie (dont le ministre de l’Industrie s’est prononcé en faveur d’une sortie du charbon en 2038).
Le gaz naturel maintiendrait son usage dans la génération d’électricité au sein de l’Union, avec une hausse importante en Allemagne, en Italie (en substitution du charbon) et en Belgique (en substitution du nucléaire) tandis que les Pays-Bas et l’Espagne le remplaceraient en grande partie par des énergies renouvelables.
Les autres sources d’énergie fossiles pour la production électrique (principalement le pétrole, mais également les gaz industriels et déchets non-renouvelables, comme les plastiques) devraient baisser de 40% entre 2018 et 2030.
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Globalement, si les plans Energie-climat sont appliqués, l’intensité carbone de l’électricité dans les 27 pays de l’UE serait divisée par deux entre 2018 et 2030, passant de 300 grammes de CO2 par kilowattheure à 150 gCO2/KWh. La Pologne, la Tchéquie, la Bulgarie et l’Allemagne assumeront, sauf changement d’ici là, les mix énergétiques les plus carbonés d’Europe.



