Geler le CO2 à la sortie de la cheminée des usines. C’est l’innovation technologique, développée par la start-up française Revcoo. Un procédé que ses dirigeants espèrent voir déployer à grande échelle d’ici à la fin de la décennie. En pleine levée de fonds pour un montant de 20 millions d’euros, le fondateur Hugo Lucas et Arnaud Paulik – devenu directeur général en 2024 –, passent un nouveau cap avec la mise en service « avant l’été prochain » d’un démonstrateur industriel, d’une capacité dix fois supérieure à leur unité pilote, en fonctionnement depuis 2022.
Un site pilote déjà opérationnel
D’une valeur d’1,5 million d’euros, le pilote industriel avait permis de démontrer « la capacité à pouvoir fabriquer des machines pouvant tourner sur plusieurs semaines », détaille Hugo Lucas. Installé sur le site d'Eiffage de Bocahut (Nord), le démonstrateur aspire à capter deux tonnes de carbone par jour. Après une phase de préconditionnement, de la fumée prétraitée – principalement composée d’O2, de N2 et de CO2 – passe par un module de capture qui sépare l’azote qui est ensuite liquéfié. Et c’est là que repose toute l’ingéniosité du procédé Revcoo : cet azote à très basse température va servir à geler le CO2 au sein d’un autre module, appelé désublimateur Revcoo. Côté installation, aucun changement de procédé n’est requis pour l’usine qui se dote de cet équipement.
Air Liquide commercialise déjà une technologie de captage concurrente CO2 par cryogénie, appelée Cryocap. « Mais notre démarche est complètement différente. Air Liquide liquéfie l’ensemble de la fumée, ce qui n’est pas notre cas », précise Hugo Lucas. La multinationale s’attaque surtout aux fumées industrielles avec de forts taux de CO2 (80 à 85 %) et une émission importante. Côté Revcoo, le procédé développé s’adresse surtout aux petits et moyens émetteurs, « de 50 000 à 400 000 tonnes de CO2 émis par an », pour des fumées allant de 10 % à 70 % de concentration en CO2 par tonne, ce qui est le cas dans la cimenterie, l’industrie de la chaux ou encore les chaudières biomasse.
« On discute déjà avec des industriels pour vendre notre machine »
« Aujourd’hui, à part les technologies basées sur les amines, il n'y a pas de technologies à l’échelle », affirme le fondateur de Revcoo. Dans le cadre de la capture du CO2, les technologies chimiques suscitent quelques réticences en Europe, notamment en raison de leur impact environnemental. Le procédé de Revcoo est 100 % électrique et « plus la concentration en CO2 est élevée, moins la dépense énergétique est importante [rapportée au prix de la tonne captée] », assure Hugo Lucas. Le prix de l’électron est donc le principal paramètre qui va déterminer le prix de la tonne de CO2 capté. « En France, on est aux alentours des 40 euros la tonne, note Hugo Lucas, mais dans des pays où l’électricité est plus chère, on peut atteindre 60 à 70 euros. »
« À partir de 2028, on veut être en capacité de produire des machines capables de capter 100 000 tonnes par an », ambitionne-t-il. Mais Revcoo ne va pas attendre cette date pour penser à la commercialisation. « On discute déjà avec des industriels pour vendre notre machine », révèle Hugo Lucas. Et l’entrepreneur se projette déjà plus loin : « à partir de 2030, on aimerait prendre en charge toute la chaîne, de la capture jusqu’à l’utilisation ou la valorisation du CO2 en mettant en contact industriels et logisticiens du CO2 ». À condition que la mise en service du démonstrateur industriel, cet été, se passe sans accroc.



