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Canopée, le cargo qui transportera Ariane 6, s’apprête à hisser les voiles

Canopée, le cargo qui transportera les éléments de la fusée Ariane 6, a été baptisé jeudi 5 octobre à Bordeaux. Ses quatre voiles, construites par la start-up française Ayro, lui permettront d’économiser environ 30% de carburant annuellement. Une réduction des coûts non négligeable pour ArianeGroup, dont le vol inaugural du programme Ariane 6 doit avoir lieu en 2024.

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Canopée cargo à voiles Ariane 6
Après avoir récupéré les pièces d'Ariane 6 dans plusieurs ports européens, le Canopée traversera l’Atlantique pour se rendre en une dizaine de jours dans le port de Paraciabo à Kourou, en Guyane, grâce à un équipage de onze marins.

«Bon vent Canopée !» Comme le veut la tradition, une bouteille de champagne vole en éclats sur la coque du navire, amarré sous un soleil radieux au port de la Lune à Bordeaux (Gironde). Ce cargo à voiles, qui transportera les pièces du lanceur Ariane 6 au cours des quinze prochaines années, a été baptisé jeudi 5 octobre sous les yeux d'une centaine d’invités triés sur le volet et de dizaines de curieux. Tous sont venus admirer le premier navire industriel hybride vélique et thermique au monde conçu par Alizés, co-entreprise de l’armateur Jifmar offshore services et de la compagnie Zéphyr & Borée.

Long de 121 mètres et large de 22, le bateau – construit par le chantier Neptune Marine aux Pays-Bas – est doté de deux moteurs diesel et, surtout, de quatre voiles «oceanwings» de 37 mètres de haut. Fabriquées par le français Ayro, celles-ci comportent deux volets orientés de manière automatique à l’aide d’un algorithme analysant les conditions météorologiques.

Baptême CanopéeE.P
Baptême Canopée Baptême Canopée

Repliées lorsque le navire est à quai, les voiles de 363 m² chacune doivent permettre une réduction annuelle de la consommation de carburant de l’ordre de 30% lors des rotations que Canopée effectuera entre l’Europe et la Guyane. Une innovation nécessaire alors que l’Organisation maritime internationale s’est fixé comme objectif l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2050. A l’heure actuelle, le transport maritime représente près de 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, mais cette part s’élèvera à 16% en 2050 si le secteur ne parvient pas à se décarboner.

Canopée cargo à voiles Ariane 6E.P
Canopée cargo à voiles Ariane 6 Canopée cargo à voiles Ariane 6

Une réduction des émissions de CO2 et des coûts

Depuis le vaste pont principal du Canopée où seront entreposés les éléments d’Ariane 6 et, éventuellement, d’autres marchandises du secteur aéronautique et spatial, Nils Joyeux, le directeur général d’Alizés et de Zéphyr & Borée, l’affirme : la propulsion vélique engendre «la tonne de carbone économisée la plus vertueuse» par rapport à d’autres solutions moins directes comme les biocarburants et carburants de synthèse.

«On a cette chance de pouvoir utiliser le vent, qui est une énergie massive, gratuite et illimitée, justifie-t-il. Demain, une fois que la tonne de fioul sera à 1 000, à 1 500, voire 2 000 euros […] les voiles vont devenir hyper juteuses, il n’y aura plus besoin d’être un militant écolo pour en mettre, ce sera très rentable», assure le dirigeant, en taisant le coût total des «oceanwings» et du bateau.

Canopée cargo à voiles Ariane 6E.P
Canopée cargo à voiles Ariane 6 Canopée cargo à voiles Ariane 6

C'est l'argument qui a séduit ArianeGroup après avoir lancé son appel d’offres en 2018. D’ailleurs, Christophe Caralp, le directeur supply chain de l’industriel, ne le cache pas aux journalistes qui l’interrogent depuis la cale du Canopée : l’utilisation d’un moyen de transport moins polluant pour transporter ses lanceurs n'entrait pas dans son cahier des charges. «Notre enjeu était la compétitivité, parce qu’on savait que si nous n’étions pas compétitif, nous sortions du marché. […] Le coût du carburant représente 70% du coût d’exploitation d’un bateau, c’est donc notre premier levier pour réduire les coûts des transports», explique-t-il, alors que la réduction des coûts de 40 à 50% du programme Ariane 6 par rapport à Ariane 5 représente un enjeu majeur pour l’industriel.

Il réalisera d'autant plus d'économies que le Canopée a été conçu pour transporter l'ensemble des éléments des fusées Ariane 6 – qui seront assemblés en Guyane – en une seule fois. Les lanceurs Ariane 5 étaient auparavant convoyés en plusieurs fois.

Le Canopée en attente du top départ d'ArianeGroup

Canopée cargo à voiles Ariane 6E.P
Canopée cargo à voiles Ariane 6 Canopée cargo à voiles Ariane 6

Le bâtiment doit effectuer 9 à 12 rotations vers Kourou par an. Dans la passerelle de navigation flambant neuve, Victor Gibon, responsable de la filiale Guyane de Jifmar offshore services, énumère les villes où seront récupérés les différents éléments, tout en les pointant sur un modèle miniature du lanceur.

Le Canopée naviguera dans un premier temps vers Brême, en Allemagne, où il récupérera le deuxième étage de la fusée. Il rejoindra ensuite le port de Rotterdam pour charger la coiffe, puis poursuivra sa route vers le Havre où il collectera le premier étage, avant un dernier passage à Bordeaux pour récupérer les boosters. Seulement après, il traversera l’Atlantique pour se rendre dans le port de Paraciabo à Kourou, en Guyane, en une dizaine de jours grâce à un équipage de onze marins.

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Canopée cargo à voiles Ariane 6 Canopée cargo à voiles Ariane 6

Le cargo, qui a déjà effectué deux rotations tests en janvier et en mars 2023 vers la Guyane, doit quitter le port de Bordeaux dès le lendemain de son baptême pour rejoindre Brême. Si Ariane 6, dont le vol inaugural est prévu pour 2024, cumule les retards, Canopée, lui, est prêt à hisser les voiles.

Mais pour l’heure, ArianeGroup n’est pas en mesure d'annoncer de date de première rotation... car celle-ci dépendra de l'avancée des tests de son lanceur en Allemagne et à Kourou. Là-bas, un essai décisif qui devait avoir lieu au mois d’octobre a récemment été reporté à une date inconnue. Le Canopée risque de rester à quai plus longtemps que prévu.

Photos Elise Pontoizeau

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