Inverser la tendance, et faire de l’Europe «le meilleur endroit pour démarrer, passer à l’échelle, et rester». Telle est l’ambition affichée par la commissaire européenne chargée des start-up, de la recherche et de l'innovation, Ekaterina Zaharieva, qui a présenté 28 mai le plan de Bruxelles en faveur du développement des start-up et des scale-up (start-up passées à l’échelle).
Si l’Europe crée plus de start-up que les États-Unis, seules 8% des scale-up mondiales sont basées en Europe. En 15 ans, 30% des licornes européennes se sont délocalisées hors du Vieux continent.
Un «vingt-huitième régime» pour les start-up
Premier volet, déjà évoqué par Ursula von der Leyen en janvier dernier, l’introduction d’un nouveau régime juridique européen, à côté de ceux qui existent déjà dans chaque État-membre, pour les entreprises ambitionnant de viser l'ensemble du marché européen. «Un innovateur européen qui souhaite créer une entreprise à partir de zéro doit faire face à 27 règles différentes en matière de sociétés, de régimes fiscaux et de moyens de tester son idée», a rappelé Ekaterina Zaharieva. D’où ce «28ème régime» permettant aux entreprises européennes d’opérer à travers l’Europe. Mais aussi de s’y implanter plus facilement, «idéalement dans un délai de 48 heures» selon la Commissaire européenne. Ekaterina Zaharieva a également évoqué la mise en place pour début 2026 de «bac à sables réglementaires» permettant aux start-up de tester leur technologie ou service innovant sans devoir nécessairement respecter l’ensemble du cadre réglementaire qui s’appliquerait normalement. Selon les informations de Contexte, l'initiative fera l'objet d'une consultation publique dans les prochaines semaines.
Une mise en avant inédite du secteur de la défense
Côté financements, si le Conseil européen de l'innovation (EIC) a soutenu des startups deep tech avec des subventions et des investissements en capital allant jusqu'à 30 millions d'euros, «un déficit de financement évident persiste lorsqu'il s'agit de financer la mise à l'échelle de technologies à haut risque et à forte intensité de capital nécessitant des investissements supérieurs à 100 millions d'euros» a rappelé Ekaterina Zaharieva. Car le système financier européen reste largement centré sur les banques – dont les liquidités représentent 300% du PIB européen – contre 85% aux États-Unis.
Pour remédier à cet état de fait, la Commission veut créer un fonds Scaleup Europe«qui investira directement dans l'IA, les technologies quantiques, les technologies propres et d'autres secteurs stratégiques» a précisé la Commissaire européenne. Une structure publique-privée, qui se concentrera sur les deeptech et les scale-up. La Commission veut notamment renforcer les instruments existants et en développer de nouveaux «pour investir dans les start-up et les scale-up de la défense et de la sécurité», en s’appuyant sur le paquet de simplification Omnibus. Des instruments qui pourraient notamment inclure «des approches de financements plus flexibles pour les acteurs innovants et émergents dans la défense.
Bruxelles a également exprimé sa volonté «d'améliorer et de simplifier l'accès aux marchés publics, en tenant compte des besoins des startups et des scale-up», sans toutefois évoquer des mesures précises. Côté main d'œuvre, Bruxelles veut mettre les bouchées doubles pour attirer «les talents hautement qualifiés à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE». En facilitant les procédures de visa, comme la France l'a déjà fait avec le French Tech visa. Ou encore en harmonisant le traitement des stock-options.
Parmi ces mesures, peu sont nouvelles rappelle cependant l’association France Digitale, qui regroupe quelque 2000 start-up françaises et porte certains de ces sujets depuis cinq ans. Le principal lobby français pour les start-up s’est réjoui sur LinkedIn d’une «reconnaissance bienvenue et méritée du rôle clé des startups dans la création d’emploi, la croissance économique et l’innovation en Europe». Elle regrette malgré tout que la majorité des mesures ne soient formulées qu’à partir de 2026, ou encore l’absence d’une formulation claire en faveur de la tech européenne vers la commande publique. Signe des difficultés pour les 27 de se mettre d'accord sur le sujet sensible de la souveraineté.



